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Essai 48 H en BMW S 1000 XR

La Virilité selon la S 1000 XR

Photos F&L et Charles Séguy.

J’ai pris la route le matin de nuit, plongé dans une ambiance starwarienne, attaqué par d’infatigables flocons de neige fragiles et kamikazes. A hauteur de Dourdan, autant dire tout de suite. Vingt-cinq années de moto m’ont appris à assouplir ma position dans ces conditions de froid, et à m’équiper. Je ne connais rien de mieux qu’une veste efficace (je portais la Spidi essayée ici) et un pantalon moto textile (son essai paraîtra bientôt), le tout recouvert d’une combinaison de pluie toute bête, pour rouler dans ces conditions. J’ai retiré la combi dès que le temps est redevenu sec, pour éviter la condensation.

Conditions idéales pour tester un châssis aussi sportif... Promis je la reprends cet été.

Conditions idéales pour tester un châssis aussi sportif… Promis je la reprends cet été. Photo Charles Séguy.

Direction Orléans. La S 1000 XR est large, confortable, un grand cheval aurait dit mon grand-père. Pour moi, petit (moins d’1m70), les arrêts relèvent de l’exercice de gym’, une jambe tendue dont la pointe du pied cherche le sol, l’autre appuyant fermement sur le repose-pied, les bras écartés par le large guidon. Si le rat d’opéra quitte le navire, celui-là tombe de haut. Mais l’attitude retrouve du naturel avec un rien de vitesse, la BM’ s’équilibre pas mal pour une moto viking.

Devant le château de Saint-Bonnet-lès-Allier.

Devant le château de Saint-Bonnet-lès-Allier.

Plus loin, la neige ne tombe plus, le ciel reste bas, gris. 1°, routes blanchies de sel, encore 500 bornes. Le corps prostré, l’esprit se balade, part devant : faut-il être con, désespéré, frustré, tout ça à la fois pour se farcir un si ridicule costard d’aventurier anonyme, héros même pas pointé ? J’en viens à la virilité, et ce qu’elle peut bien signifier aujourd’hui. Partir pour Clermont-Ferrand au mois de janvier n’a rien d’héroïque, ni d’intelligent. Au même moment, un voyage au Pôle Nord en side-car touchait à son but, une expédition au Bangladesh en Triumph Tiger rapprochait les peuples (qui prouve d’ailleurs que la virilité n’est pas forcément un attribut masculin, tant qu’on la lie à la force, au courage, à l’aventure ou au devoir).

La station service, refuge façon haute montagne de l'autoroute.

La station service, refuge façon haute montagne de l’autoroute.

Partir répondrait à une pulsion, et bien sûr, ce discours est impossible à tenir à nos femmes, clairvoyantes. Les chasseurs, mauvaise foi à l’appui, justifient leurs absences auprès des leurs en invoquant l’instinct ancestral. Sitting Bull aurait peut-être lui préféré traîner sous son tipi en cuir de chambre, mais il y a fort à parier que sa femme l’eut alors jeté dehors et balancé son arc et ses flèches au sol pour le pousser à ramener de quoi nourrir sa famille. Le devoir l’appelait, comme il sommait le chevalier, le soldat ou le révolutionnaire. Nous serions héritiers de cette nature. Faut avoir du culot, quand-même…

L’histoire fonde ces fantasmes, dénués de sens pour les modernes. Maintenant, les machines travaillent pour nous, la technique entrave la virilité. Le sport et quelques autres artifices inutiles, dont la moto (le Tourist Trophy, on en parle ?), servent encore la cause virile… On s’y précipite ! Mais avouons que notre argumentaire manque de corps. Il faudra s’y pencher sérieusement.

Devant le pont de Dallet.

Avant la traversée du pont de Dallet.

Et pourquoi partais-je ainsi en divagation, entre Orléans et Vierzon ? Me trouver du courage, sûrement, et imaginer un plaidoyer qui tienne à peu près debout, en vain. L’assise confortable de la S 1000 XR autorise ce type de délire personnel, parfois troublé par la qualité moyenne de la protection, malgré la position haute de la bulle (réglable manuellement selon deux positions). Non pas en hauteur, mais en largeur, le vent vient s’appuyer sur les épaules (larges du héros qui part etc.). Mettre fin à ces stupides élucubrations n’a rien de compliqué, il suffit de quitter l’inintéressante D953 qui relie Bourges à Cérilly pour choisir la D39 (Le Brethon, Saint Caprais) puis suivre la D312 et la D251 et perdre trois heures en concentration de navigation, routes au revêtement aléatoire et virages non signalés. Rien de tel pour réconcilier l’esprit avec la réalité environnante.

Le centre ville de Clermont-Ferrand, sombre l'hiver.

Le centre ville de Clermont-Ferrand, sombre l’hiver.

J’attendais la grosse BMW sur ce terrain, parce qu’il est inutile de dire comment elle avale l’autoroute aisément. Je la devinais retors, surtout du train avant. Il n’en est rien. Le froid a quand-même dû figer l’huile de ses suspensions, surtout la fourche, qui ne semble pas travailler sur toute sa course (150 mm). Le retour de sensation se réduit alors, et la confiance d’autant. Mais la géométrie de la moto, pourtant haute et large, me paraît tout à fait saine, parce qu’elle est très longue : 1 548 mm d’empattement (1 425 mm pour la sportive S 1000 RR), une valeur immense, pour garantir la stabilité à haute vitesse. Surtout avec les Pirelli Diablo Rosso II, excellents. Ils compensent les suspensions raidies. Trois modes électroniques les règlent : Rain, Road et Dynamic. Je n’ai pas bien saisi l’intérêt du dernier, à moins de s’essayer au circuit, mais encore une fois, les conditions l’ont probablement privé de son bienfait. J’avance donc en mode Road. Chacun de ces réglages joue sur les suspensions et la cartographie de l’injection moteur. La S 1000 XR est aussi équipée d’un ABS Pro et d’un antipatinage ASC, tous garants de la préservation de notre virilité…

Anachronisme devant l'atelier de Max (Trimax) à Saint-Bonnet-lès-Allier.

Anachronisme devant l’atelier de Max (Trimax) à Saint-Bonnet-lès-Allier.

Ce qui me fait penser à la sonorité de cette moto, très précisément proche de la S 1000 RR d’endurance que j’ai souvent vue passer au Mans ou au Bol, un son rauque, lourd, coupé brièvement par l’allumage quand on passe un rapport sans toucher à l’embrayage. La S 1000 XR, comme une sportive, possède l’option shifter up and down, vous n’avez qu’à comprendre l’anglais. Le jeu : rester gaz en grand (si on a évalué auparavant la possible absence de flics sur la nationale choisie) et monter tous les rapports sans déssouder. Idiot comme toute opération hormonale du genre. Et je ne précise pas la vitesse atteinte sur le dernier rapport. On reste dans Star Wars.

Bois avant Volvic à la nuit tombée.

Petit bois avant Volvic, à la nuit tombée.

Et voilà les paradoxes incroyables de la BMW : son moteur de sportive, sa position de presque trail, son châssis de roadster, son électronique sécuri-sante et -taire. J’arrive aux abords de Clermont et ce sont des quatre voies partout. J’appréhende les radars, mais difficile de céder aux assauts du quatre cylindres (100 ch ici, 160 ch en version full), grondeur sous 7 000 tr/mn, furibard au-delà. La position m’invite à rester cool, le châssis alerte, pas vraiment doué pour l’improvisation, long et rigide (pour coller au thème…), exhorte à se laisser entraîner par le moteur. De quoi être paumé. Je finis par me faufiler très vite entre les voitures, train avant précis, freinage diabolique (mais feeling moyen, pas de progressivité au levier, il attaque violemment). Le son m’emporte, grosse cylindrée velue, comme une limousine de sport, cossue, puissante. De la virilité bourgeoise. C’est à dire complexe, divers penchants plus ou moins sains s’y mêlent.

Planté de tente au-dessus d'Enval. Trois dégrés. Je ne ferai pas ça jusqu'à la retraite !

Planté de tente au-dessus d’Enval. Trois dégrés. Je ne ferai pas ça jusqu’à la retraite !

La brutalité mécanique tenue par les processeurs et câblages de l’électronique. Avec le shifter, on est carrément dans le jeu vidéo.

Je conserve un faveur pour ces compteurs à aiguilles pour le compte-tours.

Je conserve une faveur pour les compte-tours à aiguille. Photo Charles Séguy.

Voilà, j’atteins Saint-Bonnet-lès-Allier ou Max’ m’attends. On discute etc. Il part essayer la S 1000 XR et revient ébouriffé. « Elle pousse fort, t’es sûr qu’elle est bridée ? Tu ne sens pas le châssis tellement tout est rigide, facile, j’ai vu un chiffre au tableau de bord qui m’a déboussolé, trop vite, trop dingue. » Lui roule sur de vieilles Triumph Sprint 900 ou Suz’ SV 650, avec les suspensions qui dandinent, préviennent, les châssis qui se tordent et qu’on malmène d’autant plus facilement… Le bond en avant a été rude. Presque inhumain.

Les machines se sont emparées de notre virilité.

Restez Fast !

En langage chiffré
Coût total (bouffe, essence) : 232 euros.
Kilométrage total : 1268 km.
Conso moyenne : 6,8l/100 km.
Prix de la BMW S 1000 XR sans option : 16 300 €.
Avec options paoignées chauffantes et pack Dynamic : 18 685 €.
Toutes les infos ici.

 

 

 

 

12 commentaires sur “Essai 48 H en BMW S 1000 XR

  1. Marrant… Plutôt amateur de trail (ex possesseur comblé de DL1000 et bavant devant la nouvelle Africa Twin…), celle-ci me laisse grave de marbre.
    C’est pas la puissance de la bête, pas sa facilité, pas son physique ingrat, pas les hélices…. J’sais pas… Elle m’inspire à peu près autant qu’une coupe de bullots- mayo dans un buffet de routier…
    Je veux même pas y gouter…
    (Ah… et félicitations pour le héros pointé)

    • Bonjour monsieur
      Je possède également une BMW s1000 xr et votre contrendu est très bien ..auriez-vous par hasard le road book car les photos des routes ont l air très belles et propres
      Voici mon mail roucky310@hotmail.com
      Bien à vous et au plaisir peut être de se voir un jour

    • Du temps des carbus j’aurais parlé de héron pointeau :-) Cette une excellente meule cette S 1000 XR, mais l’ultra mélange des genres déroute un peu. Et finalement son côté sportif prend le dessus. Le moteur est assez génial quand-même, un son de dingue, mais pas question d’en profiter à un rythme raisonnable. Marrant, il y a une dizaine d’années, tout le monde disait qu’il n’était plus raisonnable de rouler en sportive, trop puissante, les radars etc. Les constructeurs ont fabriqué des roadsters aussi puissants que les sportives, sans que personne n’y trouve à redire. Aujourd’hui, les gros roadsters sportifs se vendent moins bien, trop puissants etc. Les constructeurs font des routières aussi puissantes que les roadsters d’il y a 5 ans et les sportives d’il y a 10 ans etc. La puissance reste l’Argument. On n’a jamais vu une de magazine titré : « Une partie cycle exceptionnelle ! ».

    • Du temps des carbus j’aurais parlé de héron pointeau :-) Cette une excellente meule cette S 1000 XR, mais l’ultra mélange des genres déroute un peu. Et finalement son côté sportif prend le dessus. Le moteur est assez génial quand-même, un son de dingue, mais pas question d’en profiter à un rythme raisonnable. Marrant, il y a une dizaine d’années, tout le monde disait qu’il n’était plus raisonnable de rouler en sportive, trop puissante, les radars etc. Les constructeurs ont fabriqué des roadsters aussi puissants que les sportives, sans que personne n’y trouve à redire. Aujourd’hui, les gros roadsters sportifs se vendent moins bien, trop puissants etc. Les constructeurs font des routières aussi puissantes que les roadsters d’il y a 5 ans et les sportives d’il y a 10 ans etc. La puissance reste l’Argument. On n’a jamais vu une de magazine titré : « Une partie cycle exceptionnelle ! ».

  2. Intéressant de voir le sujet pose sur la table franchement: l’électronique et les assistances au pilotage dans le mode de la moto. Le même dilemme fais jaser nos cousins automobilistes! Tous ces petits gadgets viennent’ils nous pourrir la vie au prétexte de nous la sauver?
    Question existentielle, il paraît qu’une société sacrifiant sa liberté à la sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre 😉
    Pour ma part trop jeune pour avoir goûter aux châssis genre marshmallow je suis plutôt heureux de me sentir en sécurité à vitesse usuelle voire beaucoup plus, apprécier l’efficace et faire l’éloge de l’approximatif n’est pas forcement réaliste ni honnête. Je ne connais pas un motard qui apprécie de frôler la mort pour une bosse trop franche ou un peu de gras déposé par nos amis poids-lourds.
    Par contre on peut légitimement se demander à quoi bon acheter une moto de ce type, gérant tout, des deux petites mains, tes pieds et même ta position. L’aseptisation type 21eme siècle…
    BMW et la moto, ça reste un mystère pour moi et pour beaucoup, mais elle traduit parfaitement son époque, de tout, du bling, des watts, un tas d’euros inquiétant, des options qui ferait passer le groupe wolks pour des forins, c’est pas pour rien qu’ils en vendent. D’ailleurs les autres européens suivent, Ducati/Audi, MV/AMG, même Guzzi s’y met, regarder la V7, 50CV (j’arrondis) et de l’antipatinage pour 9000€, le prix d’une voiture sans déconner…

    M’enfin, heureusement qu’il reste des japs pour faire du simple, efficace et abordable, à ce rythme l’indigestion n’est pas loin.

    Sans parler des normes EURO qui nous pourrissent les sens… Elle est loin l’époque au siècle dernier, minot j’attendais mon bus sur le trottoir quand tout à coup, un engin démoniaque s’arrête au feu rouge à mes pieds. Le bruit de la ville s’évanouit, à la place un bruit de tonnerre, je n’y connaissais rien mais cet engin de malheur m’a remué en l’intérieur, c’était une ducati mostro de 90, un truc sauvage je vous dis, mon coeur, mes pieds, je vibrais à l’unisson du twin. Son pilote remarque son petit effet et après un signe part poignée en coin, le moteur hurle, le bonheur, plus rien ne sera comme avant!

    • C’est vrai qu’en rajouter à tout va est à la mode, qui ne fait pas dans la finesse. La S 1000 XR représente quand-même, au-delà de l’électronique, une vraie prouesse technique. Loger un aussi gros moteur, si puissant, dans une moto aussi longue (incroyablement longue même !) et haute, en gardant ce niveau de précision et d’agilité, c’est très fort !

  3. J’ai essayé cette machine, une bonne heure sur les routes de Sologne (Merci Dupont SA), de mon point de vue c’est le compromis idéale pour le tourisme rapide. Extrêmement maniable, bonne partout sur route, sensations époustouflantes, accélérations et passages de rapports au shifter, freinage, tenue de route avec des suspensions qui transforment la route en un rail, la moto avale tout.
    Je roule habituellement en Triumph Tiger 800.
    Bravo pour cette balade rafraîchissante et merci pour le partage. Pierre / Orpéans

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