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Essai 48 H en Yamaha XTZ 660

Cramponne toi ! (ou pas)

Départ des Souils (Haute-Loire), samedi 9 h du matin. Ça brouillasse pas mal, une tradition, le brouillard réveille ici les habitants un matin sur deux depuis la nuit des temps. On est chez Quentin, dit Cigalou, fondateur et auteur du blog Vie de Motard. Il a organisé une virée trail depuis la petite ferme de ses parents, a réuni une quinzaine de motards de tous bords, de motos plus ou moins tout-terrain. Avant, durant des semaines, il a traqué les chemins sur des cartes de type Grandes Randonnées, est allé les reconnaître avec son père enduriste, Jean, d’abord méfiant, finalement ravi. Un vrai boulot, avec du stress, le premier événement motard de VDM, l’angoisse d’une blessure ou d’une moto qui casse. L’espoir d’une ambiance sympa.
Pour la balade proprement dite, c’est ici.

La XTZ en est. Complètement d’origine, y compris ses pneus Pirelli Scorpion Trail, pareils à des slicks sur les sentiers pierreux ou terreux. Coup de bol, il n’a pas plu depuis un moment, il fait même beau aujourd’hui. J’enquille derrière la Pampera 125 de Marine et le DR 600 de Rodolphe. Qui s’en met une petite dans les premiers 200 mètres de chemin, terrain qu’il découvre. J’aime cette ambiance… A chaque intersection, le deuxième derrière Cigalou attend le dernier, pour indiquer la direction. Voyez si on est organisé.
Je redoute plus que tout la perte de l’avant, les changements de cap dans les ornières, ça ne bouge pas pourtant. La Yam’, pas si haute, aussi grâce à une selle étroite, se laisse guider sans roublardise. Le moteur à refroidissement liquide ne cogne pas tant que ça pour un 660 mono, beaucoup moins que les Dominator 650, DR 800 et XLR 600 que j’ai eus. Ce n’est pas encore la souplesse d’un KTM, mais à faible allure sur des pierres, aucun souci ! Je parle de Dominator, j’ai acheté la mienne (année 89, 30 000 km, couleur champagne, j’adorais !) il y a un an tout juste, et voici pourquoi je l’ai revendue quelques mois plus tard : je fantasmais mon ancienne, d’il y a 17 ans… J’avais des souvenirs incroyables de couple, de puissance même et surtout d’un mélange de force et de velouté (genre soupe au potiron). La nostalgie. Je me suis vite rendu compte que sous 3 000 tr/mn, le Dom’ secouait comme pas possible (j’avais même dû mettre des cales en mousse autour du compteur pour le soulager des vibrations). En revanche au-delà, il garde plus de chien, de pep’s que le Yam’ actuel, étouffé. Les monocylindres souffrent plus que les autres moteurs encore des normes antipollution.

Un mono, c’est un auto-entrepeneur. Il se cogne tout le boulot avec ses grosses mains, et fatigue plus vite qu’une petite boîte avec ses trois ou quatre salariés. A 7 000 tr/mn, en général, il rend les armes. Et à 50 000 km, il lui faut son check-up complet. Parmi les agréables drilles de la balade Vie de Motard, on compte Pierrot, un pur traileux, des dizaines de milliers de bornes en chemin chaque année, un assidu du forum Terre et Bitume. Il roule sur un 660 XTZ aussi, mais de 2010, c’est à dire sans l’ABS (grand bien lui fasse, nous allons vite voir pourquoi). Son Yam’ est chaussé de pneus à crampons en permanence, il roule sur un BMW F800GS pour la route. « Je n’ai jamais eu aucun problème en 10 000 bornes avec mon Yam’, dit-il. Je l’ai acheté d’occas’. T’en trouve même à 80 000 km qui n’ont jamais ouvert le moteur. » Fiable comme un camion russe, selon lui. Il hésite à acheter le même que le mien du jour, pour la jolie couleur grise. Pierrot traverse parfois la France d’ouest en est avec son mono, le sourire aux lèvres. Un convaincu. Il a collé deux sorties LeoVince pour libérer un peu le moteur et profiter des pétarades décélérantes, un vrai bonheur de mono.

Toute la journée, on se suit sur un parcours magnifique, plutôt tranquille, à part deux ou trois passages techniques impossibles sans crampons. Je m’en colle quand-même deux, une sur de l’herbe mouillée, en prenant le frein avant malgré l’ABS, l’autre sur un passage en montée dallé de pierre, l’arrière ripe. Mais le XTZ en pneus d’origine se tire superbement bien de tous les chemins, aussi étroits et sinueux soient-ils, pourvu que le sol soit sec. Seul catastrophe, l’ABS justement, impossible à déconnecter depuis le guidon (il faut lui retirer son fusible, ce que je n’ai pas fait). Voici ma frayeur : nous descendons un chemin de pierres roulantes. Je reste en première et freine de l’arrière, mais les bosses et les pierres perturbent le fonctionnement de l’ABS, qui se déclenche aussitôt. Résultat je n’ai pas de frein et prends de la vitesse. L’avant se barre dans tous les sens, je ne contrôle plus grand-chose, je force mes appuis sur les repose-pieds, j’évite de contraindre sur le guidon, la moto m’embarque. Je m’y vois sévère. Le destin m’est favorable, je paierai pour mes péchés plus tard, pas de chute. Je ne sais toujours pas comment. Je maudis l’ABS idiot, absolument pas conçu pour la pratique du tout terrain, pourtant l’un des énormes avantages de ce trail aventurier. On n’est jamais satisfait, hein ?

Sur la petite qui mène au château de Mons.

Sur la petite qui mène au château de Mons.

Le lendemain, je prends la route cette fois. Par la petite D40, vers Alleyras et Saint-Privas-d’Allier. Je m’arrête à Allègre, joli village médiéval entouré de quatre volcans. Le mono s’épanouit ici, dans les changements de régimes permanents, d’un virage à l’autre, invité par chaque chemin. Il faut pourtant remonter. Les étroits pneus (130/80 x 17 à l’arrière, 90/90 x 21 à l’avant) et le bon équilibre de la moto compensent le poids élevé pour un mono, 215 kg tous pleins faits. J’enroule plus que je n’attaque, la fourche souple m’y incite. Je goûte un café chaud à la Grignotte, face à la grise et haute abbatiale de la Chaise-Dieu. Et 15 km avant Ambert, je bifurque vers le petit château de Mons, une mini départementale géniale en sous-bois, une petite traînée de bitume parfois rongée par les herbes, une magnifique route pour trails… qui débouche sur une ferme. L’impasse n’était pas signalée, c’était just for fun.

Pour faire un détour inutile mais une montée mémorable, je grimpe les 14 bornes de la D106 qui emmène au col des Supeyres. Y tenir le 90 de moyenne relève de l’engagement sportif, surtout avec les 47 ch du 660. Le bitume est parfait, la lumière magique, les couleurs faussent les formes et redessinent l’Auvergne. Faut-il retourner en région parisienne… ? Je préfère le frémissement des feuilles au silence des parpaings.

La route qui y mène : 14 km de virages superbes.

La route qui y mène : 14 km de virages superbes.

C’est comme ça jusqu’à Vichy. Un kiffe de moto inoubliable, la simplicité du mono, ses petits coups de bélier incessamment répétés, la position de conduite impériale, la sérénité d’un châssis long (1 505 mm d’empattement) malgré un train avant un peu flottant. Après, la nationale géométrique, droite, calculée me fait apprécier la protection de la bulle, mais je ne suis pas bien grand (1m68), je la soupçonne d’être moins efficace pour un bonhomme de 20 cm plus haut. Enfin ça se change une bulle… Une ampoule de phare aussi, parce qu’à la nuit tombée, je regrette la faible puissance de l’éclairage. Pas cool, la sécurité de nuit dépend beaucoup de cette petite bulle de verre. Je fais un dernier plein à Nervers : 257 km avec 14,4 litres d’essence, sur un rythme plutôt élevé, soit moins de 6l/100 km. Pas mal ! Mon record aura été 303 km avec un plein de 23 litres (7,4 l/100 km). Quand j’ai terminé à fond sur une petite portion d’autoroute A6 (étonné par la vitesse de pointe au compteur, 89 x 2 km/h. Je le soupçonne d’optimisme.)
Rentré, j’ai eu envie de me racheter un gros mono.

Merci à Erick, boss de Reuilly Moto à Paris, de m’avoir embarqué dans son Jumper pour la descente !

Restez Fast !

La balade chiffré
Kilométrage total : 1 203 km
Coût total (bouffe, essence) : 143 €
Conso moyenne : 6,6 l/100 km
Prix de la Yamaha 660 XTZ mod. 2015 : 7 999 €
Toutes les infos techniques
Bottes Cross X10 par Shot
La veille du départ (j’ai quelques carences en organisation), j’ai retourné mon garage pour mettre la main sur mes vieilles bottes d’enduro. Disparues dans le déménagement. J’ai passé des coups de fil, tenté le prêt, trop tard. Un ami m’a conseillé d’aller voir Pascal chez Team Axe, avenue de la Grande Armée à Paris. Qui m’a dépanné, merci à lui, super sympa ! J’ai testé les bottes Shot X10 toute la journée du samedi, lors de la virée TT. Raides, elles demandent sûrement du temps pour s’assouplir. La sensibilité en pâtit aussi, surtout au niveau du sélecteur de vitesse. Et les attaches de fixation ont tendance à sauter. Mais question protection, les X10 font le taf, pour moins de 140 €.

Bottes Shot X10

1 commentaire sur “Essai 48 H en Yamaha XTZ 660

  1. J’ai bien retrouvé ma moto dans cet essai excepté la puissance de l’éclairage que je trouve plutôt convenable !

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