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Essai 48 H Yamaha Tracer

Primitif ? Un truc tiré par les cheveux.

Là-bas, les paysages de début du monde, éclairés de lumières rasantes, s’ébouriffent d’herbes hautes, de vent frais. Les moutons et les Highlands (vaches écossaises avec les cheveux dans les yeux) se foutent du code de la route, les éleveurs leur laissent champ libre. Il y a des faisans un peu partout, des petits châteaux n’importe où, des maisons paumées dans des landes désertées sur des kilomètres ; des couleurs fauves, d’autres vives, des genêts, des chardons, des campanules, de la bruyère. Des lochs bleu sombre. L’Ecosse est une région où la raison de l’homme n’a pas tout dévasté. Un peu comme des coins d’Auvergne ou les Grands Causses, sur un espace grand comme l’Autriche. Le paradis du road-trip.
Un coin du monde différent. Premier mai 1707, l’Ecosse est rattachée au Royaume d’Angleterre, pour créer le Royaume de Grande-Bretagne. On dit pourtant encore qu’on va en Ecosse, pas en Angleterre. Comme si les Anglais allaient en Provence, et non en France. La forte identité de l’Ecosse est passée par-dessus l’histoire politique. Sa nature aussi.
La moto s’accommode plutôt bien du rustique, avec des vraies odeurs, du vent. Elle y prend son sens. Là c’était en Yam’ Tracer, un roadster MT-09 déguisé en routière, avec une vague allure de trail. Qu’elle n’est absolument pas, ses débattements de suspensions (mesures Yamaha) sont identiques à ceux du roadster MT-09. Son guidon haut et l’assise plutôt droite font la blague. D’ailleurs aux USA, elle a adopté le nom de FJ-09 : FJ, traditionnellement une routière chez Yam’.

Les petits châteaux sont souvent, en Ecosse, reconditionnés en charmants hôtels.

Les petits châteaux sont souvent, en Ecosse, reconditionnés en charmants hôtels.

L’énorme avantage de cette bécane, c’est son moteur, un trois cylindres de 850 cm3 piqué aux hormones. Ce berzingue pèse 10 kg de moins que l’ancien quatre cylindres de la FZ8 et pousse autant et différemment. Tout le charme du trois cylindres, idéal compromis entre poids, puissance, encombrement raisonnable et tonalité rageuse. Moteur de caractère, le leitmotiv de la lignée MT (Master of Torque). J’adorais d’ailleurs la première, la MT-01 et son twin baroque.
Je me suis laissé aller sur la nature punk de l’Ecosse, et c’est face à un puits de forage pétrolier que je grimpe pour la première fois sur la moto. Au sortir du Royal Hotel, à Cromarty. Oui, faut que j’explique, pour une fois, je roule en groupe. L’organisateur de voyages à moto TrailRando, c’est à dire Florence et Philippe Perrenoud, a invité une quinzaine de journalistes à découvrir les routes de son nouveau parcours écossais pendant quatre jours. Yamaha était dans le coup, nous étions dix-huit en tout à se suivre façon petit train. Chaque année désormais, TrailRando montera donc en Ecosse avec un petit groupe de clients, guidés par un GPS qui leur sera remis, pour que chacun puisse barouder comme il l’entend, seul ou en groupe.
Cromarty, point de départ, donc. Quelques puits sondent le bras de mer Cromarty Firth dans l’espoir d’en recueillir l’or noir. Beaucoup plus haut, en pleine Mer du Nord, au large des îles Shetland, de plus grosses plates-formes forent jour et nuit. Le côté primitif des beaux paysages celtes, tu parles d’une hypocrisie. Une chouette couverture pour se parer d’atours nobles, ouais ! On n’emprunte finalement pas l’itinéraire proposé par TrailRando à ses clients, nous sommes trop nombreux (inertie de groupe). On coupe l’itinéraire en passant de l’est à l’ouest de l’Ecosse, de Cromarty à Torridon. C’est pas drôle de se suivre à la queue leu leu (on n’est jamais satisfait, hein ?), heureusement l’enfilade s’étiolera plus tard. Mais c’est beau comme pas possible ce pays presque désert. 67 habitant au kilomètre carré, contre 98 en France. Ce truc ne veut d’ailleurs pas dire grand-chose parce qu’évidemment, la répartition n’est pas uniforme, mais bon… Les quelques grandes villes écossaises réunissent le max de population, en cambrousse, les maisons peuvent s’espacer de dix kilomètres, perdues en pleine lande.

Sur l'île de Mull.

Sur l’île de Mull.

Par la grâce de l’histoire, les petites routes contournent les monts et les champs suivant le tracé de leurs ancêtres, les chemins. Ça détourne, ça sillonne dans tous les coins, ça ne va jamais droit. Pourvu qu’on tienne sa gauche. Les petits ports tiennent lieu d’oasis, on peut rouler vingt kilomètres sans même voir une ferme. Les villages sont minuscules. Aussi, si vous préférez aller là-bas par vos propres moyens, sachez que les hôtels comptent rarement plus de dix chambres, souvent réservés longtemps à l’avance. Pas simple de voyager en Ecosse à l’arrache, à moins de camper. Autre détail, il ne faut jamais oublier que les indications sont en miles et non en kilomètres, important pour calculer le prochain ravitaillement.
Cocoonés comme nous sommes par TrailRando, on ne se soucie pas de logistique. Je déconnecte le TCS (Traction Control System, qui empêche la roue arrière de patiner mais contient aussi les wheelings) et m’amuse à lever la roue avant de la Tracer sur chaque bosse de la route, soit tous les 100 mètres… En matière de routière, la Yam’ n’a rien de reposant, elle provoque. Le trois cylindres pique au vif, c’est le mec qui perturbe la classe, qui a toujours un bon mot gouailleur. Dommage que le boîte de vitesse accroche un peu, elle manque de souplesse. Et puisque je me plains, je déplore aussi la selle ferme, un truc de moto moderne. Celles des années 70/80 ont une selle énorme, épaisse comme un forêt-noire. On m’a dit un jour qu’elles s’affaissaient assez vite et les clients demandaient à les passer en garantie, ce qui coûtait un fric fou aux marques, qui ont fini par les faire plates et inconfortables. Je ne sais pas si c’est vrai…
On n’a pas pu rouler sur l’Ile de Skye, mais on fait toute la longueur de l’Ile de Mull. Après une pause devant les maisons colorées de Tobermory. Depuis le sud de l’île, à Knockvologan, on n’est plus qu’à une centaine de bornes de l’Irlande par la mer. Tout ça est hyper rafraîchissant, vivifiant. C’est drôle comme une forte dose de nature fait naître un sentiment d’esthétisme et de liberté, c’est dire à quel point les villes rendent dingues.

Les routes écossaises ont été pensées pour la moto...

Les routes écossaises ont été pensées pour la moto…

J’ai beaucoup aimé la Tracer, surtout sa position de conduite et son moteur. Les suspensions, meilleures que sur la MT-09, fonctionnent comme sur une honnête routière, bien qu’elles manquent encore de progressivité, c’est à dire de souplesse dans leur travail. Les pneus d’origine, des Dunlop D222, ne sont pas très bons, ni en grip, ni sensation pour le pneu avant, qui ne donne pas confiance à la mise sur l’angle (même sans rouler vite).
Le célèbre mécanicien de GP Guy Coulon a coutume de dire qu’une bonne partie cycle, c’est d’abord de bons pneus et de bonnes suspensions. La Tracer reste une moto tout à fait saine, elle serait sûrement meilleure avec une monte de pneus qui lui conviendrait mieux, comme des Pirelli Angel GT.

Restez Fast !

TrailRando
Le Tracer Tour, dédié aux Yamaha MT-09 Tracer et Super Ténéré 1200, dure 9 jours et 8 nuits. Il se déroule sur 1520 km de petites routes, du 20 au 28 août. D’incroyables petits châteaux, qui datent souvent du XVII siècle, offrent aujourd’hui des chambres d’hôtels, qu’ont choisi Florence et Philippe, boss et guides de TrailRando, pour l’escapade nordique. C’est grand luxe, pour 1400 € le périple.
www.trail-rando.com

2 commentaires sur “Essai 48 H Yamaha Tracer

  1. j’ai fait ce voyage en Harley il y a 10 ans (dont le royal hotel de Cromarty) et son mini bac(2 voitures)
    que de souvenirs exceptionnels! quel pays magnifique!

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