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Alain Cottard, pilote, concessionnaire…

L’ombre du 24 mai 1981

« Je suis fils unique de petits cultivateurs du coin, j’ai rapidement été en pension pour mes études, mais je passais mes week-ends à la ferme. Le premier petit déclic, ça a été dans le magazine Salut Les Copains, qui faisait quelques pages sur la moto. En 1967 je crois, j’avais treize ans. Franck Alamo sur une BSA, ça été le premier poster sur le mur de ma chambre. L’année suivante, j’ai acheté un cyclo. Mes parents n’avaient pas beaucoup d’argent, mais pour mettre du beurre dans les épinards, ils cultivaient des fraises. Et de juin à septembre des étudiants venaient les récolter. Moi je l’ai fait de 6 ans à 18 ans, tous les étés, des souvenirs formidables, le poste de radio dans les fraisiers, le casse-croûte avec les autres (on pouvait être jusqu’à dix cueilleurs en pleine saison), puis quand j’étais ado, on allait au bal ensemble le samedi soir, après la paye… Mes parents me payaient, dès l’âge de 6 ans, ils mettaient l’argent à la caisse d’épargne. Ce ne devait pas être énorme mais accumulé, ça faisait un pécule. Je bossais pendant les grandes vacances, deux mois et demi non stop. »

1971, Alain vient d'acheter sa Kawasaki 250 Samouraï.

1971, Alain, à droite, vient d’acheter sa Kawasaki 250 Samouraï.

Je connais Alain Cottard depuis 21 ans cette année. Gamin, j’habitais Dieppe, c’était le plus gros concessionnaire de Normandie, une image liée à la course, aux GSX-R des années 80/90. Le magasin Cottard Moto était un but de sortie pour tous les motards de Haute-Normandie le samedi après-midi. Des sportives partout, des Bandit tapées, des motos de course exposées…

Je l’ai rencontré en 1995, après une course de Promosport, sur le circuit Carole. On ne s’est jamais vraiment perdu de vue depuis.

Alain ne vit que par passion, je sais que c’est un bon client pour une interview. Théâtral, conteur enflammé, séducteur, riche d’une grande culture moto.

« Donc à l’âge du cyclo, 14 ans, je voulais absolument une italienne, ou une Gitane Testi, quelque chose de sportif, mais pas une Bleue, ça faisait campagne. Et en 1969, avec des potes, on est passé chez Urvoas, concessionnaire Honda à Rouen. La 4 pattes venait de sortir, on la reluquait en vitrine, avec ses quatre pots ! Moi j’avais déjà envie que mon cyclo ressemble à une moto. J’ai alors choisi un CB 50 Honda, avec trois vitesses au guidon, le pot chromé qui remonte… Seule déception, il était bridé, à 45 ou 50 km/h, je ne sais plus.

Avec deux autres copains, on roulait sans arrêt avec chacun notre CB 50. Je me rappelle des toutes premières fois où les motards nous saluaient, puis s’apercevaient ensuite qu’on avait que des cyclos et ils baissaient le bras aussitôt. J’étais allé voir aussi la sortie de Continental Circus au cinéma, en 1970, j’ai assisté à six séances en trois mois. J’étais mordu !

Mes parents ne voulaient absolument pas que je passe le permis à 16 ans, ils détestaient la moto. Des copains s’étaient déjà tués… Un été, un pote du lycée est venu passer dix jours chez nous, puis on ne s’est pas revu jusqu’à la rentrée, on m’a appris qu’il avait été enterré la semaine précédente, mort à moto. Un peu plus tard, mon père m’a regardé droit dans les yeux, en voiture, il s’est arrêté net alors que je le tannais : « Tu sais bien que tu n’auras jamais de moto ! ». Je lui ressors encore de temps en temps aujourd’hui…

Pour passer le permis à 16 ans, il fallait pourtant l’autorisation des parents. J’ai fini par réussir à les persuader, je l’ai eu le 16 juillet 1971, je me souviendrai toujours de cette date. Une semaine avant, le 4 juillet, je suis allé pour la première fois sur le circuit de Rouen, Les Essarts, voir quelque chose d’extraordinaire, j’en ai encore la chair de poule : les 6 Heures des Essarts ! Une révélation ! J’ai été envoûté. La course a été gagnée par la Honda Daytona de Guignabodet, pilotée par Christian Léon et Georges Fougeray. Le même après-midi, au haut-parleur, on nous annonçait le décès de Christian Ravel au GP de Belgique.

Barry Sheene, à gauche, était venu aux Essarts avec son beau-père, Paul Smart (tee-shirt blanc). Barry a chuté en course, Paul a gagné...

Barry Sheene, à gauche, était venu en 1973 aux Essarts avec son beau-père, Paul Smart (tee-shirt blanc). Barry a chuté en course, Paul a gagné… La photo est d’Alain.

J’ai aussitôt acheté une Kawasaki 250 Samouraï avec l’argent que mes parents m’avaient mis de côté. J’avais aussi repéré une Suz’ T 250, plus attirante et moderne, mais la Samouraï était pour moi la petite sœur de la mythique 500 H1. Mes parents m’avaient acheté tout l’équipement, blouson de cuir, casque Altus, lunettes Climax… J’ai descendu le moteur au bout de 20 000 km.

Sa Honda CB 750, la "4 pattes" qui lui a fait perdre du temps...

Sa Honda CB 750, la « 4 pattes » qui lui a fait perdre du temps…

J’ai eu pendant peu de temps une 350 Honda, et en 1973 j’ai acheté ma première grosse cylindrée, une CB 750. Je voulais absolument une H2, mais un copain m’en avait dissuadé, avec un argument imparable à mes yeux d’alors : il m’avait dit que quand on descendrait en concentre dans le sud, je ne pourrais pas les suivre tellement ma H2 consommerait.

J’ai acheté la 4 pattes et on n’est jamais allé en concentre dans le sud.

Cette moto m’a fait perdre du temps, elle allait bien pour la route, mais sans plus. Fin 1974, le service militaire m’a envoyé en Allemagne, à Baden Baden. Là-bas, j’ai entendu pour la première fois parler de deux choses : les Dents de la Mer, le film venait de sortir et foutait la trouille à tout le monde, et un français balèze en karting, Alain Prost. J’étais chauffeur des généraux qui contrôlaient les bases françaises en Allemagne. J’ai alors découvert le sport, que je n’ai quasi jamais arrêté de pratiquer ensuite. J’ai fait un peu de moto, des BMW R26 et R27, on faisait les cons…

Au retour, en décembre 1975, je voulais faire de la course. J’ai pris ma première licence en 1976. J’avais encore ma 4 pattes… Un copain m’a prêté sa Kawa 350 Avenger, pour faire une course de côte. Et j’en ai fait trois. Je finis cinquième de la première, et la deuxième à Tancarville, je n’avais pas reconnu, dès la première montée de reconnaissance, je me suis sorti très fort !

Le virage du Sanson en 1974, portion du circuit des Essarts fréquentée par les arsouilleurs le dimanche.

Le virage du Sanson en 1974, portion du circuit des Essarts fréquentée par les arsouilleurs le dimanche.

Ma toute première gamelle avait été au virage du Sanson, dans la montée des Essarts, célèbre dans le coin. Tous les motards s’y retrouvaient le dimanche, quand il n’y avait pas de course, pour regarder les autres passer dans le virage, un gauche en montée. Je me suis vautré devant tout le monde avec ma Samouraï. Je ne savais pas que ça se refermait autant.

J’ai arrêter de compter il y a plusieurs années, je dois en être à plus de cent chutes, sans aucune blessure très grave. Je suis un miraculé !

Bref, en fin de saison 1976, je voulais acheter une 750 H2. Je suis allé chez Rédélé Moto à Rouen pour en essayer une, un soir, mais on m’a dit qu’il était trop tard. Au comptoir se trouvait un client, Didier Ternisien, qui a fait quelques courses, il m’a conseillé de commencer avec une 400 Kawa. Et justement, il vendait la sienne… Je lui acheté, j’ai fait une course de côte avec début 1977, puis les journées K (Kawasaki) au Paul Ricard, on était 400 ! J’avais une voiture, j’y avais attelé la remorque… Je bossais alors en usine, en équipe de nuit.

Sur le circuit d'Albi avec la Kawa 400 S3 en 1977.

Sur le circuit d’Albi avec la Kawa 400 S3 en 1977.

J’ai passé les premières sélections des journées K, où 200 pilotes étaient éliminés, mais je n’ai pas réussi à passer les secondes, qui conservaient 70 pilotes.

Alors je me suis engagé en Promosport et finis 15 ou 18ème, pas terrible, mais je découvrais, je ne faisais même pas attention à la pression des pneus. C’était la Kawa 400 S3, donc à rupteur, pas d’allumage électronique. J’avais juste appris à les régler avec la lampe témoin… Ma moto n’allait pas très vite, mais je ne sais pas si c’est moi ou la moto qui n’allait pas vite. Tu sais, tu apprends toujours plus tard que tu aurais dû faire ceci ou cela et tu refais l’histoire. »

Alain se souvient avec précision de chaque détail, l’histoire de ses débuts défile avec clarté à travers ses mots, une pointe de nostalgie et de regret parfois, d’avoir fait des mauvais choix. Il n’est pas possible de tout rapporter tellement son récit se pique d’ambiances et d’anecdotes… jusqu’en mai 1981.

L'endurance au Castellet (circuit Paul Ricard) avec la H2, fin 1977.

L’endurance au Castellet (circuit Paul Ricard) avec la H2, fin 1977.

« Un copain à moi avait une H2 et m’a proposé cette année là, 1977 donc, d’être son coéquipier lors d’une endurance Promosport au Castellet. Première fois que j’allais rouler sur une H2, moi qui attendais ça depuis des années ! Et dès les essais libres, j’avais l’impression de tourner autour de tout le monde, j’étais super à l’aise, quatrième temps aux essais libres. Mais aux qualif’, on additionnait nos deux chronos, et lui tournait environ six secondes moins vite que moi, on n’a pas été pris. Par chance pour moi, un pilote d’un autre team s’était blessé entre temps et son coéquipier m’a proposé de le remplacer. J’ai pu faire la course, sans rien dire aux instances fédérales ou organisatrices, illégalement quoi. Lors du premier relais, je me suis pris une taule phénoménale, heureusement sans me blesser, puisque je n’étais pas couvert ! Parmi les tous premiers, il y avait un équipage sur une 1000 Laverda, dont l’un des pilotes était Jacques Bolle.

Du coup, mon amour pour la H2 s’est accru (c’est pourquoi j’ai dit avant que j’avais perdu un temps fou avec la 4 pattes…) et pour 1978, je me suis engagé en Promosport avec une 750 H2. Je suis retourné voir le concessionnaire Rédélé (il vendait des Kawasaki et des voitures Peugeot). Le vendeur, Claude Triquet, m’a dit « quand tu auras fait trois fois dans les dix premiers, tu reviendras me voir ». J’ai juste fait équilibrer le vilebrequin (je me souviens avoir remonté le moteur dans la cuisine de mes parents, première fois que je faisais ça, je n’en revenais pas quand il a craqué au premier coup de kick ! D’ailleurs je me suis jeté sur la clé quand j’ai entendu les premiers bruits du moteur, je croyais que j’allais le prendre dans la gueule ; il avait simplement démarré) et suis parti pour la première épreuve à Montlhéry. J’ai terminé neuvième de cette course, André Lussiana avait fini second avec une CB 750 hautement improbable, tout le monde savait qu’elle était tapée jusqu’à l’os. Deuxième course, au Paul Ricard, je terminais sixième.

En prégrille avec la H2, 1978.

En prégrille avec la H2.

Pour la troisième, à Karland (l’actuel Mirval), on est parti le mercredi soir avec un pote, sa DS, la remorque avec les deux motos dessus. A l’entrée d’Orléans, la distribution de la DS a lâché. Mon copain et sa nana sont restés sur place, moi je suis remonté à Rouen en stop de nuit pour aller chercher la 404 d’un oncle qui avait un crochet d’attelage. Quand je suis arrivé chez mes parents, où l’oncle avait amené sa voiture, ils étaient en train de faire la vidange de la bagnole ! Ils savaient que c’était pour faire deux mille bornes. Je suis revenu chercher la remorque, mon pote et sa nana à Orléans. Au niveau de Nîmes, on a crevé, pas de roue de secours. On a roulé doucement jusqu’à la sortie, mais il la roue s’était déformée, devenue carrée. Un peu plus loin, la roue s’est barrée. On a descendu les deux H2 et on a fini par la route, de nuit. Deuxième nuit blanche pour moi ! Et malgré tout, j’ai gagné ma manche qualif’! On était plus de cent engagés ! En course, j’ai eu le bras tétanisé et je finis troisième, mon premier podium. Je suis toujours meilleur dans la difficulté, quand il faut en baver.

Au retour, je suis retourné chez Rédélé, il a joué le jeu et m’a filé pas mal de pièces. A la quatrième course à Albi, j’étais second, et j’ai chuté. Mais j’ai remporté la course à Nogaro. Et terminé troisième au championnat. Le vainqueur était Philippe Barbera, un pilote sourd et muet.

J’ai aussi fait des courses de côte en championnat de France à l’époque, j’en ai gagné cinq sur les six auxquelles j’ai participé. Dont une aux Andelys, où s’était engagé un pilote qui se déplaçait en DS avec une belle remorque en alu sur laquelle il sanglait son OW31, Gérard Coudray. Il n’a été battu qu’une fois dans l’année, c’était là, aux Andelys, par moi. Le dimanche d’après ma victoire à Nogaro. En 1978, je faisais une course presque un week-end sur deux. J’ai aussi couru une endurance de dix heures à Nogaro sur une Ducati 900 SS cette année là. Première fois de ma vie que je montais sur une Ducati, j’ai été très agréablement surpris par le comportement, la stabilité et la précision. On a fini deuxième. J’ai compris ce jour-là l’intérêt d’une partie cycle affûtée, puisque j’avais roulé deux secondes plus vite à Nogaro avec la Ducati qu’avec ma H2 pourtant plus puissante. »

Unique, Alain en endurance avec une Ducati. Nogaro, 1978.

Unique, Alain en endurance avec une Ducati. Nogaro, 1978.

Alain comprend alors qu’il a une carte à jouer en tant que pilote. Sa notoriété locale grandit.

« Au mois de juin 1978, le chef d’atelier d’Urvoas, Jacques, m’a appelé, il me connaissait en tant que client et par le journal Paris-Normandie. Il m’a proposé de faire le premier Bol d’Argent au Paul Ricard. Honda France poussait les concessionnaires à s’y engager avec la nouveauté de l’année, la 1000 CBX six cylindres. Le patron, Mr Urvoas, cherchait un pilote pour seconder Jacques. Mais j’étais soutenu par Rédélé, concessionnaire Kawasaki et je voulais être réglo. Je suis allé voir Claude Triquet, le vendeur, et lui ai dit ce que Urvoas m’a proposé. Il m’a répondu « écoutes, vas-y, confidence pour confidence, je pars dans trois mois travailler pour Honda et monter la toute première concession Honda Auto à Rouen. »

Devant la concession Honda Urvoas, à Rouen.

Alain devant la concession Honda Urvoas, à Rouen, avec sa future 900 Bol d’Or kitée 997 cm3, en 1980.

J’ai donc rôdé la CBX, une enclume. C’était la norme les motos lourdes qui ne freinaient pas. Urvoas a préparé la moto puis on est allé faire un essai au Mans, j’ai tout de suite collé cinq secondes au tour à Jacques, et quand on est revenu, il a décidé de jeter l’éponge. Mr Urvoas a appelé Jean-Louis Guillou, le patron de Honda France, pour chercher un autre pilote. Guillou lui a proposé Bernard Rigoni, qui venait de gagner le Tour de France moto.

On a fait ce premier Bol d’Argent ensemble, en baston avec la Kawasaki 650 (fortement préparée…) de Pierre-Etienne Samin notamment, j’ai passé un relais complet à me bagarrer avec lui, je le passais en ligne droite, il me reprenait dans le Beausset. Dans l’avant-dernier relais, on a perdu du temps à vérifier le niveau d’huile à la jauge, on a terminé troisième à 6,5 secondes de la Kawa. La semaine suivante, Kawasaki a fait une campagne de pub énorme dans la presse pour vanter les prouesses de sa 650 qui a déposé la nouvelle 1000 Honda… Honda avait gagné mais Kawa pérorait, second au milieu des grosses cylindrées.

Le mois suivant, j’ai acheté une ancienne 350 TZ de l’ACO (école de pilotage du Mans) pour faire le championnat de France 750 National en 1979. Je rêvais de TZ… Et j’ai découvert l’endurance, la vraie, avec Urvoas, qui avait décidé de faire les 24 Heures du Mans et le Bol d’Or avec la nouvelle 900 Bol d’Or justement, en catégorie Silhouette, l’équivalent du Stock aujourd’hui. Avec le recul, je me dis que j’aurais dû continuer le Promosport avec la 900 Bol d’Or.

Aux 24 Heures du Mans, j’ai fait la pole en Silhouette sur la 900 Bol d’Or que je ne connaissais pas. Quand je dis que j’aurais dû poursuivre en Promosport… Bernard Rigoni était à nouveau mon coéquipier, on n’était que deux à l’époque. Départ de la course sous la flotte, Bernard a pris le départ, il s’est arrêté au deuxième tour, la moto ratatouillait, on s’est retrouvé dernier. Le mécanicien Yves a compris après plusieurs arrêts, c’était la bouteille de récupération des reniflards qui était bouchée, sans mise à l’air. On a fait une remontée dingue, de dernier on est passé sept au scratch et deuxième en Silhouette, mais à huit heures du matin on a été déclassé suite à une panne de fusible. C’était arrivé à Bernard, tombé en panne devant le muret de la ligne droite des stands. Le mécano lui a passé un fusible par dessus le muret, ce qui est interdit… On était passé en direct sur TF1 pour notre remontée ! Dans Moto Journal, Alain Gillot nous avait un peu encensé. Léon et Chemarin avaient cassé la chaîne de la Honda officielle et avaient été aidés par les commissaires, ce qui est interdit aussi, mais eux n’avaient pas été déclassés. Alain Gillot avait écrit « Ce n’est pas pareil quand on est grand ou petit… »

La suite de ma saison avec la TZ a été émaillée de bons résultats et d’erreurs… Mais ça reste mon meilleur de souvenir de moto de course.

Au Bol d’Or, toujours avec Bernard sur la 900 Bol d’Or, je me souviens avoir suivi le champion du monde 250 Kork Ballington sur la Kawa officielle pendant une dizaine de tours, pour le passer ensuite, j’étais comme un fou, je suis passé devant les stands en faisant de grands gestes ! Et dans la nuit, on a été retardé par des pannes. Dans le long droit avant le gauche du Mistral, la bielle est passée à travers le carter. Six ou sept motos ont chuté aussitôt, dont Jean-François Baldé sur la Kawa officielle.

Sur le circuit de Ledenon en 1980 avec la Honda 900 Bol d'Or.

Sur le circuit de Ledenon en 1980 avec la Honda 900 Bol d’Or.

Pour 1980, Urvoas m’a proposé de faire les Promosport sur la 900 Bol d’Or. Jacques m’accompagnait sur les circuits, sa femme Nanou courait en 125. Sur les neuf courses du championnat, j’ai abandonné quatre fois. Dont une fois à Lédenon à cause d’une chute de l’avant, j’étais deuxième derrière Jean-Claude Jaubert, une baston dingue avec Battistini et Sarron. Dominique Sarron roulait sur une Honda Fargeix surpréparée, il a gagné les Promo cette année, devant Jaubert et Battistini. Sarron et Jaubert ont d’ailleurs ensuite remporté le Bol d’Argent.

Fin de la saison 1980, pour la première fois, Honda France a pris les deux premiers jeunes pilotes Honda en Promosport pour courir sur l’une des deux Honda officielles en endurance (la première moto était confiée à Baldwin et Aldana). J’étais vert.

J’ai décidé pour 1981 de refaire les Promosport pour gagner. J’ai plaqué mon boulot d’électricien, et quelques jours avant de prendre mon compte en février 1981, la boîte s’est mis à proposer des primes d’incitation au départ. J’allais partir avec rien, j’ai pris quinze mois de salaires ! Ce détail a tout changé. Ma copine de l’époque, Catherine, la mère de mes filles, a elle aussi lâché son boulot de secrétaire. Un sponsor nous a prêté une caravane, j’avais un Peugeot J7 ou J9, je ne sais plus, et là j’ai vécu les trois plus beaux mois de ma vie de pilote. Je courais avec la nouvelle CB 1100 R Honda, vendue à bon prix par Urvoas. La 1100 GSX venait de sortir aussi, donc le règlement Promosport passait de 1000 à 1100. On arrivait à l’avance sur les circuits, génial. La première à Karland, je me suis bourré lors des essais libres, j’ai enfoncé le réservoir pour la saison… William Viollet, qui avait gagné la Coupe Honda CB 400 N l’année précédente, était favori, avec moi. J’ai fini cinquième de la première course. La seconde a eu lieu pour la première fois de l’histoire à Carole, où j’étais allé m’entraîner trois semaines avant. J’ai été en tête quasi toute la course, sauf pendant 200 mètres quand m’a passé Battistini, pour se bourrer aussi sec. Viollet était tombé aussi, je suis passé second au championnat.

Sa fameuse CB 1100 R avec le réservoir enfoncé.

Sa fameuse CB 1100 R avec le réservoir enfoncé.

La course suivante avait lieu à Lédenon, on était arrivé le mercredi, on coulait des jours paisibles. Je m’étais entraîné plus que les autres, et quand ils sont arrivés le vendredi, j’avais forcément un coup d’avance. En course, je suis parti en première ligne, William Viollet avait fait la pole (il était de Nîmes), il est parti en tête et j’ai commencé à le remonter. Je suis resté deuxième et ait pris la tête du championnat.

Fin avril, j’ai passé une annonce dans Moto Journal pour chercher un guidon pour le Bol d’Argent qui avait lieu à Montlhéry. Et quelques jours plus tard, j’ai reçu un coup de fil de Honda France. Jean-Louis Guillou en personne ! Ce souvenir est encore fort pour moi ! Ils avaient déjà engagé Jean Monnin et me proposaient la seconde place. Je me rappelle encore qu’il m’avait demandé de faire des notes de frais pour le déplacement, que Honda prenait à sa charge ! C’était fou pour moi.

On a fait dans les premiers aux qualif’. A la troisième heure, on était en tête mais on a perdu du temps en changeant la roue arrière, l’étrier était grippé. On est reparti quatrième pour reprendre la tête plus tard. J’ai dû me faire passer par un seul mec, Gilles Husson qui courait avec Choukroun. J’ai bataillé pendant plusieurs tours avec lui, pour le passer ensuite ! Puis il s’est mis à pleuvoir. A la septième heure, on était en tête, les mécanos ont changé le pneu arrière et mis un pneu pluie à l’avant, un Dunlop KR 83.

La pluie a redoublé, une autre Honda 1100 R nous talonnait, celle de Morel/Lecureux, qui était en Michelin avec des pneus pluie.

Et dans Ascari et Contre-Ascari, qui passait à fond sur le sec pour tout le monde mais on était très peu à le prendre à fond sur le mouillé, il n’y avait pas de bottes de paille à la sortie. Là, en arrivant dans Contre-Ascari, j’ai vu deux mecs beaucoup plus lents, j’ai calculé pour leur faire l’extérieur. Le second, au dernier moment, s’est décalé pour passer celui de devant. J’ai juste fait un mouvement pour m’écarter, sans toucher au frein. Je suis tombé à fond. Je vois encore la 1100 R qui glissait devant moi dans des étincelles, sur fond de pluie. Puis les rails. Je n’ai pensé qu’à une chose, je ne voulais pas souffrir. En trois secondes, je me suis vu mourir. J’ai tapé partout, mais vivant ! Au pied gauche, je n’avais plus ni botte ni chaussette, un ballon de baudruche avait pris forme autour de ma cheville. Un pilote, qui était derrière moi au moment de la chute, est retourné aux stands et a dit « Je viens de voir Alain Cottard se tuer ! ». J’ai eu des fractures etc. Six mois de béquille.

Tout s’est arrêté le 24 mai 1981. »

Un court silence. Alain rigole, un rire forcé, son œil brille. « Parfois on me dit que j’ai réussi, j’ai un super magasin etc. Je réponds pour déconner : « Ouais, mais moi je voulais être un artiste ! »

Re-silence. Je décide de relancer Alain.

« A la suite de ça, il fallait manger. Fin 1981… » Alain hésite. Re-court silence. Puis son récit est plus rapide, moins précis. « En passant pas loin de chez moi, à Maromme, j’ai vu une ancienne solderie, abandonnée. Je voulais ouvrir un magasin de moto. J’ai rencontré les propriétaires début 82. Quand je leur ai dit que c’était pour vendre des motos, ils m’ont dit non. Trois mois plus tard, j’y suis retourné, ils n’avaient toujours pas loué. Et le 16 juillet 1982, même date que mon permis (16 juillet 1971), j’ai ouvert Cottard Moto. Du dépôt-vente essentiellement. Je n’avais que trois motos au début, mais les concessionnaires du coin m’ont filé un coup de main, ils me laissaient des motos d’occasion à eux. Dès le deuxième mois, je gagnais ma vie. J’avais une cousine au chômage qui venait me filer un coup de main. Quand j’avais un doute sur une Honda j’allais chez Urvoas. Un an après j’ai commencé à vendre quelques Honda neuves.

Père et fille devant la boutique, fin des années 80.

Père et fille non loin de la boutique, fin des années 80.

Dès 1985, j’ai vendu quelques Suzuki neuves. On a fait un carton, et dès cette année-là, je suis devenu agent Suzuki. En novembre 1986, Suzuki m’a filé la concession.

Puis j’ai acheté les murs et la maison attenante à Maromme deux ans plus tard. En 1990, j’ai encore racheté 3 000 m2 de terrain derrière la concession de Maromme. On a rassemblé là toutes nos concessions. »

Alain a toujours continué à courir depuis, pour le plaisir comme il dit. Il est le deuxième plus ancien licencié moto de France, en nombre d’années de licence : 41 années, sans aucune interruption.

1000 Promosport en GSX-R, à Carole, en 2015.

1000 Promosport en GSX-R, à Carole, en 2015.

Pour tout à fait autre chose, j’ai appelé plus tard l’ancien pilote Alex Vieira, il m’a raconté qu’Alain Cottard était son idole quand il a commencé à courir. Alain ne s’est jamais tout à fait remis d’avoir échoué dans la poursuite de sa carrière de pilote pro.

Il a eu pourtant deux jolies filles, de jolies femmes, un vrai succès en tant que concessionnaire. Reste une amertume.

En 2014, Alain s’est affûté comme jamais. Pour fêter ses soixante ans, il s’est décidé à remettre le cuir aux 24 Heures du Mans. Quatre-vingt pompes tous les matins, trois footings d’une heure par semaine etc. Les deux mois qui ont précédé la course, il n’a jamais réussi à s’habituer aux vitesses inversées… sauf lors de la course. En qualif’, il a réussi un superbe 1’42’’40, devant Guy Martin.

Pour 2016, Alain Cottard va gagner les 1000 Promosport en catégorie Senior. Il l’a dit.

Il fait également courir Mathieu Lagrive en championnat de France Superbike, sur une Kawasaki.

« Quand j’étais gamin, une personne de soixante ans endossait le rôle du vieux, s’occupait des petits enfants… C’était une autre mentalité. Aujourd’hui, physiquement comme mentalement, à soixante berges, tu te sens capable de faire plein de choses ! La vie passe à une vitesse… Si tu veux voir le temps passer, il n’y a qu’une seule recette : il faut s’emmerder. »

Restez Fast !

Le concessionnaire

Il a eu dans sa carrière les panneaux Aprilia, MV Agusta, BMW, Voxan, Cagiva, Harley-Davidson etc.

Aujourd’hui, la descente aux enfers de Suzuki depuis une dizaine d’années (il vend 160 Suzuki neuves en 2015 contre plus de 600 dans les années 90) n’a pas freiné l’évolution de son magasin (quatrième concession Suzuki de France), et sous l’enseigne Kawasaki, il cartonne (deuxième concession nationale), avec les ER-6 et Z800, légèrement préparées (peinture, accessoires). Et vend plus de deux mille pneus par an… Comme quoi les motards roulent.

La répression a changé les habitudes des clients. Cottard Moto a toujours eu une image sportive qui favorisait la vente de GSX-R. Alain en vendait presque cent chaque année il y a dix ans, il n’en fait même pas vingt aujourd’hui. Il s’adapte, monte des projets.

Alain a ouvert il y a peu Cottard Mot'Occase, bientôt nommé Cottard Moto Classic. Le jour de ma venue, il avait encore cette Kawa 250 Samouraï exactement identique à sa première moto. Le père de Loris Baz allait venir la chercher quelques jours plus tard, pour constituer une collection pour son fils.

Alain a ouvert il y a peu Cottard Moto Classic. Le jour de ma venue, il avait encore cette Kawa 250 Samouraï exactement identique à sa première moto. Il a aujourd’hui ajouté aux marques qu’il vend Brough Superior.

Dernière idée en date, faire gagner une Kawasaki H2. Un jeu concours (une question puis un tirage au sort), parfaitement réglementé avec huissier : 50 euros le billet, 2222 billets émis. Tirage juste avant l’été. Le gagnant remporte une H2 à 26 000 €. Deuxième prix, la Suzuki GSX-R d’endurance 2016. Troisième prix, une semaine au Bol d’Or avec le team Cottard Moto.

concession

Cottard Moto

151/153 Route de Dieppe,

76 150 Maromme.

Tél : 02 32 82 66 66

4 commentaires sur “Alain Cottard, pilote, concessionnaire…

  1. Génial!

    Je connaissait Cottard pour la concession, savait que c’était un grand pilote, mais pas a ce point! Un vrai grand passionné!!!
    Encore des interviews comme celle la!!

    Merci!

  2. Formidable n’ai pas connu tes débuts Alain mais mais trente trois ans quand même que de belles choses et surtout je me rappel de cette pation dévorante que tu avais et que tu as toujours sache que comme pour beaucoup de tes fervant supporters amis collègues vanessa qui a 30ans maintenant n’oublie pas tout les moment que tu as pus lui donner et l’immence fierté qu’elle a pour toi un héros son parrain un grand tu est la fierté de toute la famille ta réussite une victoire tu dit avoir voulus être ariste mais tu est un grand cousin tu as ton nom avec les grands pilotes qu’une seule chose chapeau que d’émotions et souvenir en te lisant comme tu dit la bise beat cottard

  3. je connais Alain depuis 1980 ,nous étions en promos 1000 , j’ai souvenir de sa hargne et de sa détermination en piste …nous étions dans les mêmes chronos au dixièmes près …un grand pilote et un grand copain ..merci pour ces bons moments .
    bravo pour ta carrière ..encore dans le coup depuis tant d’années ..et pour ta réussite dans le monde de la moto
    chapeau bas !
    JC JAUBERT

  4. Alain, je l’ai croisé il y a 5 ans à MAGNY sur un 750 GEX, enfin c’est un missile qui m’a laissé sur place….. Bref
    J’arrive sur cette chouette histoire par hasard, je faisais des recherches sur Bernard RIGONI qui m’avait enseigné à Montlhery qu’on pouvait bloquer sans crainte la roue arrière d’une moto {une 500 four) à plus de 130 en étant debout sur les repose pieds sans tenir le guidon et genoux serrés sur le reservoir
    Cela faisait partie d’un stage et c’est vérifié
    J’avais fait le voyage en train depuis Lille puis autobus jusque montlhery et vidé mon livret de caisse d’épargne Pour acheter une combinaison furygan au CILAM
    Sans l’accord des parents
    Tout ça pour rouler en gitane testi débridé pot de détente carbu de 19 guidon multiposion casque intégral, bottes, gants
    Alain j’ai 61 ans et cette année je vais faire du roulage avec BMC à DIJON en juillet
    Je vais louer un GEX 1000 j’ai plié le mien à SPA et qui sait….
    Le nouveau GEX 1000 me fait baver

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