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La Kawa de stunt d’Adrian Parassol

Ce qu’est par essence une prépa…

Photos François Poncet, dit « Ponpon », autre star de l’infernal team Moto et Motards.

Peut-être connaissez-vous Adrian Parassol, si vous lisez Moto et Motards ou regardez l’émission High Side. Nommé à vie stagiaire dans la sulfureuse équipe (parce que c’est le meilleur), il refuse pourtant de rester dans l’ombre, même si son nom de famille l’y prédestine. Cet être doué avec à peu près tout ce qui roule sur deux roues fut vice-champion d’Italie de Supermoto, il tâte maintenant du stunt avec la même affligeante facilité. Truculente jeunesse.

L’équipe de Mot’ Mot’ en prendra ombrage.  (Notez toutefois la complaisance du talentueux François Poncet, photographe de l’instant stunt. Le gaillard assure son avenir et flatte la croupe de la jeunesse en devenir).

Adrian porte aussi un regard sur la moto, tranché, ici.

Adrian devant son monstrelet.

Adrian et son drôle d’engin.

Et l’explication qu’il donne ci-dessous sur la prépa de sa Kawa 600 de stunt (ZX6-R) pose les fondements que toute bonne prépa devrait respecter : faciliter la pratique pour laquelle la moto est destinée. Ceci vaut bien sûr en compétition, en stunt, mais aussi pour toutes les vieilleries ou ‘néo-rétros’ modifiées qui emmèneront le pépère barbu en balade. Ces dernières privilégieraient alors les selles et suspensions confortables et les positions reposantes, sans rien renier de la mode esthétisante.

La prépa est une affaire de technique et de finalité.

Je laisse la parole à Mr Parassol.

« Chacun de nous a eu un jour envie de personnaliser sa meule. Une moto est un peu le prolongement de soi. Mais je pense ne pas trop me tromper en pointant trois entraves au passage à l’acte : manque de temps, manque de moyen, manque de compétence.

Comme le monde est bien fait, il est possible de s’affranchir de pas mal de trucs et d’aller au bout de ses rêves en misant sur le meilleur ami de l’homme moderne : la procrastination. À savoir : vous n’avez pas le temps de le faire ? Prenez un an pour réaliser ce qui peut être fait en trois mois. Vous n’avez pas d’argent ? Étant donné que temps <=> argent, en augmentant la durée, on étale les dépenses. Vous n’avez pas les compétences ? Trouvez un mec efficace qui acceptera de vous aider contre de la bière, un plat chaud et une place devant les retransmissions des GP.

L'impétueux morpion n'aura pas mis longtemps à dompter l'équilibre du terrible engin.

L’impétueux morpion n’aura pas mis longtemps à dompter l’équilibre de la diabolique machine. Après avoir détruit son blouson…

Vous savez tout. Maintenant je vous détaille les étapes de ce que j’appellerai humblement « la plus belle prépa que la terre n’ait jamais portée ».

J’ai acheté cette ZX-6R de 2003 équipé stunt à Blade, un type d’Aix qui a participé à des contests d’envergure internationale avec cette moto. Pour moi, c’est comme si j’avais acheté une ex-MotoGP, catégorie port de baggys et machine à fumée. Elle était intelligemment préparée, en bon état, elle pouvait très bien rester dans son jus, mais c’était la base parfaite pour faire une moto qui me plaisait vraiment. Le style importe vachement dans cette discipline, on est plus impressionné devant une moto soignée, qui évolue gracieusement sur un parking, que devant une épave type ‘RSV’. L’esthétique a été aussi importante que l’efficacité dans la manière dont ce travail a été mené.

Le garde-boue avant a été la dernière partie posée sur la moto. Ce poly de ZX6-R de 2006 se monte très simplement sur le train avant de la même année. On n’a pas conservé celui de 2003, les fourches de cette série ont une sale manie : elles cassent.

Le train avant modifié et les barres de protections latérales.

Le train avant modifié et les barres de protections latérales.

Ce garde-boue reprend la déco exacte de mon casque. Il a été peint par Florent Carlès, un pote du collège qui passe ses journées à dessiner, concevoir et casser des planches de skate. Il est très doué, je ne vois pas qui d’autre aurait pu reproduire aussi parfaitement le design original. Il a d’abord poncé la peinture blanche pour faire apparaitre la fibre d’origine, qu’il a renforcée. Il a ensuite peint les rayures zébrées, les zones noires, reproduit l’éclair rouge en conservant une certaine transparence et verni le tout. Il a recouvert de blanc l’intérieur du garde-boue pour parfaire le rendu de la fibre. Je n’ai rien touché de la part d’Icon pour cette peinture, mais je pense que s’ils tombent sur cet article, ils érigeront une statue de Florent et moi dans leurs locaux de Portland – ou ils nous feront un procès.

Les commandes adaptables de coupe-circuit et de démarreur ont été une vraie galère. Je ne voulais pas garder la pièce d’origine, un peu moche. J’ai acheté les accessoires vendus chez Blitz Motorcyles. L’interrupteur a cassé avant même d’être utilisé. Je ne dis pas que leurs produits tombent tous en panne, mais ils ont cette réputation et le seul produit que j’ai acheté chez eux est tombé en panne…

Les fameux interrupteurs de substitution.

Les fameux interrupteurs de substitution.

C’est le moment d’introduire Dietmar (façon de parler), l’homme qui a démonté et remonté 99% des vis de cette moto (le pourcentage restant s’étant perdu quelque part dans le garage). Au delà d’être beaucoup plus sympa qu’il le devrait, Dietmar s’y connaît en mécanique, sans esbrouffe. Il a retaraudé la plaque qui tenait les interrupteurs pour y placer de nouveaux, achetés sur Ebay. Le rendu est moins joli mais ça marche. La poignée rouge, trouvée sur Internet, est prévue pour un BMX ou un Fixie, plus longue et plus fine qu’une poignée de moto, chose qui n’est pas pour me déplaire.

Conventionnel pour une moto de stunt, le levier d’embrayage RSC, dont l’effet a été prolongé par une patte « bras de levier » au niveau du carter pour démultiplier l’effort, il devient du coup fonctionnel à un seul doigt, les autres doigts libres servant à utiliser le Hand-Break. Celui-ci provient d’un maître cylindre d’embrayage de Ducati Panigale, récupéré d’occasion pas cher. Son action agit sur les deux étriers situés sur la roue-arrière. Il offre un feeling d’une souplesse incroyable et je l’aime autant pour ça que pour sa capacité à ralentir la roue arrière quand je n’ai pas le pied sur la pédale de frein.

Le levier d'embrayage et la commande manuelle du frein arrière.

Le levier d’embrayage et la commande manuelle du frein arrière.

Toutes les Durit sont faites sur mesure : étant donné qu’on est assez loin des passages de câbles d’origine, il a fallu modifier les longueurs.

Le guidon a une position assez étrange, car les demi-guidons d’origine ont été montés à l’envers. Les bracelets et le té de fourche sont passés en peinture époxy, couleur noir satiné, comme toutes les pièces noires de la moto.

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En dessous, le radiateur est protégé par une grille, Dietmar a réussi à installer un second ventilateur, élément important puisque cette moto ne devrait pas se déplacer à plus de 50 km/h, à des régimes excessifs. Il a fallu modifier le capteur d’arbre à cames pour qu’il prenne moins de place. Malheureusement, ça n’a pas suffit, le pneu avant venait frotter contre le radiateur aux réceptions de wheelings. On a donc monté un pneu de hauteur 60 au lieu de 70. Les Durits ont été changées pour des modèles rouges, juste pour la couleur.

Véritable moment de souffrance, le polissage, long et pénible. Je ne sais pas combien de temps j’ai passé à le frotter et je ne veux pas le savoir. L’espérance de vie d’un Français est de 78 ans, j’ai peur d’en avoir perdu une part importante à agiter ma main sur un bout de métal. La forme n’est évidemment pas celle d’origine. Jean-Louis Martini s’est occupé de découper et ressouder le réservoir pour lui donner le creux nécessaire au passage d’un postérieur (le stunt nécessite parfois des manœuvres bien étrange). Le tarif était élevé (aux alentours de 500 euros) mais la qualité du travail de Jean-Louis le mérite : il fabrique les réservoirs des Kawasaki officielles d’endurance. Pour ne pas qu’il s’oxyde (le réservoir…), le peintre Steph Aéro lui a mis un coup de vernis adapté. Il a ensuite été recouvert d’une mousse de mauvaise facture qui s’est vite détruite, qu’on va donc ignorer. On peut aussi voir sur cette photo des petits appendices réalisés au Sikaflex, qui évitent que le réservoir ne vienne appuyer contre le cadre.

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La partie arrière est assez étrange. Comme si le design avait été réalisé à partir d’un logiciel qui aurait des problèmes de pixellisation. À la base, elle devait être en bois, le même qu’utilise Florent pour ses skates. L’idée a été abandonnée une fois les différentes parties réalisées car trop compliqué à fixer. Jean-Louis a donc fabriqué un bâti en alu, d’une seule pièce, selon le design en bois, passé ensuite à la peinture époxy.

La partie que l’on voit en gros plan permet, outre de me décapiter en cas de chute par l’avant, de caler les deux pieds côte à côte. Elle est recouverte d’un grip de skate, très confortable. Je n’avais pas trop pensé au caractère dangereux de la chose mais étant donné que tout le monde fait de gros yeux en la voyant et me demande si j’ai envie d’en finir avec la vie, je vais sûrement reconsidérer sa taille.

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On reconnaît les cages, déjà présentes sur la moto lors de l’achat et qui sont juste passées en époxy. On retrouve aussi des platines polonaises 4-Stunt – avec des repose pieds plus rigides que ceux d’origine – la subcage (partie sur laquelle sont fixés les repose-pieds arrière) et l’indispensable couronne de 60 dents, pour avoir une moto très réactie dans ses montées en régime. De l’autre côté, un silencieux Akrapovic offre une sonorité sympa, bien que j’ai conservé le db killer pour rouler plus facilement près des zones habitées.

Tout ça donne une ligne assez simple à la moto, tranchée par le côté ‘bling bling’ des parties poly.

Je ne pense pas qu’elle plaise à tout le monde, mais je suis très content que ce soit la mienne et qu’elle ressemble plus ou moins à la moto idéale selon moi. La préoccupation majeure restait de la rendre efficace dans son domaine d’utilisation : les parkings. Ensuite, avec tous les gens qui ont travaillé dessus, nous avons réfléchis à la rendre jolie. Selon mes critères. »

Restez Fast !

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