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Essai 48 H en Moto Guzzi V7 II

La Guzzi V7 II vs moi, ou les tergiversations (un peu ridicules) d’un essayeur.

Je me suis promis d’être honnête dans le compte rendu des essais F&L. Ça n’a rien de simple, parce qu’un essai fait appel à beaucoup de subjectivité. L’expérience, les affinités, l’humeur du moment ou les conditions de l’essai influencent l’être de chair et de sens parti en vadrouille avec le brave engin. Seul un banc de puissance et une balance rendent des infos objectives.

Le tableau de bord est comme la V7, joli et plutôt de bonne qualité de fabrication.

Le tableau de bord est comme la V7 Special, joli et plutôt de bonne qualité de fabrication.

Ce n’est pas la première fois que j’essaie la Guzzi V7. J’ai roulé avec la version Scrambler, avec la toute première version de 2008, aussi avec la Racer… J’écoutais alors mes collègues apprécier l’italienne. Je reconsidérais chaque fois mon jugement, me suis toujours remis en question pour comprendre la raison de mon imperméabilité au charme du bicylindre 750 cm3 Guzzi. J’ai interrogé des essayeurs chevronnés, des motards qui l’ont essayée, deux propriétaires de V7… Cette majorité me répondait souriante, ravie du joyeux flegme de la petite machine. On m’a évidemment rétorqué que je n’aimais que les PAF (pompes à feu bien sûr), ce qui est bien mal me connaître, moi qui défends les petites cylindrées depuis plus d’une décennie.

La puissance n’a rien à voir dans mon ressenti, je trouve par exemple plus d’attrait au 350 cm3 mono de ma XT et sa grosse trentaine de chevaux, ridicule face à la horde des 48 bourrins italiens (ceci dit j’ai lu quelque part, il y a peu, que certains louaient la fougue du moteur de la V7… Il ne faut exagérer non plus).

Devant la bibliothèque François Mitterrand, à Paris. La Guzzi se plaît en ville mais son embrayage manque de progressivité.

Devant la bibliothèque François Mitterrand, à Paris. La Guzzi se plaît en ville mais son embrayage manque de progressivité.

Voilà ma condition, un peu ridicule, d’essayeur en proie au doute. Les problèmes du monde, bien plus gravissimes, devraient me détourner de ces pitoyables atermoiements. La moto est vecteur de joie, de liberté, d’humeur fanfaronne et de grasses blagues, elle n’est pas un sujet sérieux, alors pourquoi couper les tifs en quatre et faire le délicat, le sourcilleux, l’emmerdeur ?

A la façon d’une ardoise magique, j’ai secoué ma mémoire et mes scrupules pour en faire table rase. J’ai repris depuis zéro, donné toutes ses chances bloc Guzzi, qu’il me joue son plus grand numéro de Roméro. J’ai pas mal bourlingué dans Paris, puis en fonction de la météo ai choisi deux jours de beau temps pour partir. Pas de conditions pénibles, de pluie, de longues lignes droites infinies parsemées de villages désertés, pas de couchage sous la tente. Je l’ai équipée de charmants bagages SW Motech, raffinés comme sa lignée. On allait être bien, juste tous les deux, à sillonner le Vexin, l’Oise, sautiller de châteaux en abbayes, de restaurants en tavernes. Un nouveau départ.

La jolie église du XVIè siècle d'Epiais-Rhus est disproportionnée par rapport à la modeste taille du village. Elle témoigne de l'importance du patelin il y a bien longtemps.

La jolie église du XVIè siècle d’Epiais-Rhus est disproportionnée par rapport à la modeste taille du village. Elle témoigne de l’importance du patelin il y a bien longtemps.

Depuis chez moi, en bord de Seine, au nord des Yvelines. Poum poum poum, le soleil d’hiver et sa lumière fraîche célèbrent la nouvelle idylle, j’apprécie la selle large mais basse, la position de conduite simple. Je relâche lentement la poignée d’embrayage, j’accélère de concert, il faut pas mal faire cirer l’embrayage pour décoller.

Nous nous dirigeons vers Chanteloup-les-Vignes, aimable bourgade, pour emprunter la D22 vers Boisemont et Courdimanche, le cœur léger. La D38 nous fait entrer dans le Parc naturel régional du Vexin français (qu’on distingue du Vexin normand). La température au tableau de bord est de 4°, j’ai empilé tous les équipements qui traînaient dans mon garage pour préserver ma vieille peau et pris soin de recharger les batteries de mes gants chauffants, même si l’autonomie n’excédera pas 1h30, 2h par jour de chance.

La belle mairie de l'Isle-Adam. L'oise mérite qu'on y traîne à moto.

La belle mairie de l’Isle-Adam.

La neutralité du comportement de la V7 me plaît, sa facilité, ses pneus étroits (100/90 x 18 devant, 130/80 x 17 derrière). La petite route qui mènent à l’Isle-Adam, la D64, n’a pas fait l’objet d’un vote de budget DDE depuis longtemps, les bosses secouent l’équipage jusqu’alors heureux. Les suspensions ne sont malheureusement pas d’une exceptionnelle qualité, elles ont d’autant plus fort à faire que leur débattement est réduit, surtout les amortisseurs (111 mm). Forcément, plus la course de leur action est courte, plus la qualité de composants des amortisseurs doit être élevée. Mais je fais bonne figure et conserve l’esprit optimiste qui me guide depuis maintenant une heure. Je sais de toute façon depuis longtemps que les suspensions sont souvent, a fortiori sur les motos pas trop chères, l’endroit d’une économie qui ne se voit pas. Il en va parfois de même des pneus de première monte.

Incohérent, je suis redescendu à Auvers-sur-Oise pour voir son château et la maison de Van Gogh (pour faire le malin) et remonter ensuite vers Chantilly.

Au pied du château d'Auvers-sur-Oise. La bagagerie SW Motech Legend Gear fera l'objet d'un article détaillé.

Au pied du château d’Auvers-sur-Oise. La bagagerie SW Motech Legend Gear fera l’objet d’un article détaillé.

D922 puis D909 et j’atteins le Club du Lys à Chantilly, somptueux endroit réservée à la richesse d’Ile-de-France : cossues demeures éparpillées dans un sous-bois clairsemé, il y règne une quiétude dont feraient bien de s’inspirer d’autres quartiers d’habitation aux alentours de Sarcelles ou Corbeil-Essonnes. Je me perds dans les allées du Club, au guidon de ma chic et discrète Guzzi. A Chantilly, je goûte un capuccino dans une brasserie recommandable.

Le luxe apaise l’esprit et atténue le sens critique.

J’y viens. Le moteur. Je répète en boucle sous mon casque les remarques qu’ont m’a faites : simplicité, caractère doux, souplesse. C’est vrai, le V7 reprend bas pour un bicylindre, à 2 500 tr/mn sans trop se plaindre. Il se soumet, placide, à une conduite normale : j’accélère, il répond, je le pousse un peu, il pousse un peu. Implacable logique, que demander de plus ? J’esquisse un semblant de contestation, évoque l’exigence d’une âme un peu vive, d’un caractère qui rappellerait une caricature d’Italie, un hoquet, une velléité de fougue, un peu d’humeur, mais ma conscience me fait les gros yeux. On commence à s’embrouiller, le ton monte à mesure qu’on s’approche de la forêt de Retz (très appréciée par François 1er, au XVIè siècle). Mon moi profond, celui que je crois être le vrai moi, aimerait une Guzzi vivante, presque pas normale. Que la V7 puisse être une mini V11 ou au moins une Griso qui n’aurait perdu que des chevaux, voire un rappel de la V7 Sport de Lino Tonti certes beaucoup plus puissante (70 ch en 1971). D’autres moi (s), soumis aux pressions sociales, me commandent de me taire, tous les autres avis me contredisent. Mon vrai moi est malheureusement rebelle… Et qui suis-je, moi qui regarde tout ces moi(s) s’empoigner ?

Dans la forêt de Retz. Sur les petites routes, si on augmente le rythme, on reconnaît la conception à l'ancienne de la Guzzi, avec peu de poids sur le train avant, qui reste stable grâce à l'angle de colonne très ouvert (27,5°).

Dans la forêt de Retz. Sur les petites routes, si on augmente le rythme, on reconnaît la conception à l’ancienne de la Guzzi, avec peu de poids sur le train avant, qui reste stable grâce à l’angle de colonne très ouvert (27,5°).

Depuis Villers-Cotterêts, je monte jusque Noyon par la D973 et la D94, et ensuite la D16. Je me concentre sur la nouvelle boîte de vitesse à six rapports, plus précise qu’autrefois. Elle reste lente, avec quelques faux point-morts entre la trois et la quatre surtout. Je teste le freinage (avec ABS), très suffisant. J’avais oublié l’antipatinage, inutile pendant cet essai, déconnectable en restant appuyé trois secondes sur l’interrupteur du démarreur.

A Ham, dans la Somme, il fait nuit. Je ne suis pas fourbu, la V7 n’est pas fatigante. Agile, simple, elle s’emmène sans aucune appréhension, elle se fait oublier. On m’a dit « Elle est amusante, pas chiante », on m’a dit « C’est parfait pour la ville et une balade de temps en temps », on m’a dit plein de trucs du genre. Ces phrases qu’on prononcerait pour des dizaines de motos.

La Moto Guzzi V7 II est une bonne moto : elle tient la route, son moteur est efficace, elle freine bien. Mais je la trouve fade. Et j’espère d’une Guzzi autre chose qu’une simple « bonne moto ». Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour dire qu’il n’existe presque plus de mauvaises motos. Il est plus difficile que jamais de se démarquer.

Je me demande maintenant ce qu’on attend d’une moto aujourd’hui, et ce qu’on attend d’un mec dont le taf est d’essayer des motos. Ces deux questions sont liées. Si un essayeur doit constater l’efficacité du moteur, du comportement routier, du confort, vérifier la consommation d’essence et, pour certaine presse qui s’en donne les moyens, la puissance réelle du moteur et le poids tous pleins faits de la machine, alors son article peut tenir en quelques lignes, sans plus de bla bla. Il donnera satisfaction au motard qui ne cherche que ces infos, soit qu’il est uniquement intéressé par le côté utilitaire de la moto, soit qu’il a craqué pour sa gueule et veut juste savoir si ce n’est pas un tréteau.

Entre l'Oise et la Somme, on trouve plutôt ce genre de routes. Les virages y sont rares, sauf sur les plus petites départementales, mal revêtues.

Entre l’Oise et la Somme, on trouve plutôt ce genre de routes. Les virages y sont rares, sauf sur les plus petites départementales, mal revêtues.

D’autres aiment qu’on les emmène dans l’essai, qu’au fur et à mesure ils s’imprègnent du caractère de la moto, comme une rencontre, que l’essai participe de leur passion. Ce que F&L s’efforce de faire.

Eh bien avec la Guzzi V7 II, j’ai échoué, je n’ai pas réussi à extraire sa personnalité, à dessiner les contours de son être. Une fois de plus, nous ne nous sommes pas rencontrés.

Moto Guzzi V7 II : 1. Essayeur : 0.

PS : vous me direz, j’aurais aussi bien pu fermer ma gueule et ne pas écrire un texte chiant qui se regarde le nombril. Mais je n’ai pas trouvé d’autre moyen de questionner l’exercice de l’essai.

Restez Fast !

En langage chiffré
Coût total (bouffe, essence) : 106 euros.
Kilométrage total : 768 km.
Conso moyenne : 5,7l/100 km.
Prix de la Moto Guzzi V7 II Special : 8 899 €.
Toutes les infos ici.

10 commentaires sur “Essai 48 H en Moto Guzzi V7 II

  1. Merci Zef pour ce retour. C’est une moto que j’aimerais bien essayer.
    Par rapport à la W800 tu en penses quoi, c’est du kif kif pareil ou tu as une préférence ?

  2. Je fais partie de ceux qui « aiment qu’on les emmène dans l’essai, qu’au fur et à mesure ils s’imprègnent du caractère de la moto, comme une rencontre, que l’essai participe de leur passion. Ce que F&L s’efforce de faire… »
    On est sur la même longueur d’onde. Au sujet de la Guzzi qui ne me fait pas vibrer non plus. Mais aussi sur les raisons pour lesquelles on écrit. Continue à nous raconter de sublimes histoires Zef!

  3.  » l’antipatinage, inutile pendant cet essai, déconnectable en restant appuyé trois secondes sur l’interrupteur du démarreur. »
    Zef, je te rejoins sur l’inutilité de l’antipatinage sur une moto de moins de 50 ch ! En revanche, malgré quelques milliers de bornes parcouru sur une V7 II, je n’ai jamais trouvé l’astuce pour déconnecter cet accessoire… Tu as essayé la manip’ ? Ça fonctionne ? Si oui, j’aurais bien aimé la connaitre, notamment lorsque je me suis retrouvé sur des routes et sentiers enneigés en janvier, avec une Guzzi qui refusait quasiment d’avancer avec « l’assistance » de l’antipatinage…
    Concernant la moto (et non ces accessoires inutiles), j’ai le même jugement pragmatique que toi. Sauf que chez moi, le charme agit ! J’adore la V7 et je suis impatient d’aller essayer la V9, dans quelques jours…
    Thiebs

    • Je vais essayer aussi la V9 mercredi prochain, j’en espère beaucoup. J’aime bien par exemple le moteur de la Bellagio, rien à voir avec le V7. Pour l’antipatinage, il faut rester appuyer trois secondes sur le bouton du démarreur une fois le moteur en route pour le déconnecter. 😉

  4. Hello Zef, j’aime bien quand tu te regarde le nombril ! Il est difficile d’écrire son ressenti en restant objectif vis à vis de la moto essayée , cet article sur la V7 ne m’empêcherai pas d’en acheter une après sa lecture , mais à bien l’essayer avant pour voir si elle correspond à mes attentes plutôt .
    Bel exercice comme d’habitude qui nous change de la grande presse et de ses compte rendus constructeurs !
    Merci
    Erick

  5. Mon Romero de prédilection, il joue pas trop au ballon, mais il est italien et donne dans le mort-vivant… et c’est un peu l’impression que procure la Guzzi. L’idée de ressusciter la V7 était plutôt séduisante, mais les sensations sont bien loin d’arriver aux cale-pieds de l’originale.

  6. Un peu comme la bonneville 900, quoi… Aussi belle à regarder que pénible à conduire… A peine bon pour t’emmener bosser. Pourtant dieu sait que les Twins poussifs sont attachants s’ils sont bien gras en bas. Le gras c’est la vie!! ( et le poids c’est l’ennemi, comme aimait à le préciser mon gromono de DR650).

  7. j’en ais jamai essayé une, la jugeant à l’oreille, au dépard d’un feu rouge don le conducteur semblait pressé sa montée en régime m’est apparut d’une grande progressivitée , mai je m’etais fait la meme remarque (je sais ç’a n’as rien à voir) quand je cherchais à changer de scoot en essayant un 4t (j’avais un 2t), de plus j’ais possedé une vx 800, machine qui n’a pas 100cv/l non plus, mai elle était refroidit à l’eau, et je garde un souvenir inperissable de son agrement moteur. et comme le font remarqué d’autres, j’aime la tournure de vos textes qui me font entendre jusque le bruit de l’aire sur le casque. I LOVE YOU! (toutes proportions gardées)

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