Accueil » 48 Heures » Essai Ducati 939 SuperSport

Essai Ducati 939 SuperSport

Bien roulée !

Par Zef.

J’ai rencontré la Ducati 939 SS un jour de mai, un mercredi particulièrement rayonnant et chaleureux. Je l’ai ramenée chez moi via une quatre-voie hyper encombrée et quelques départementales parsemées de feux, de stops, de ronds-points…

Ducati 939 SS_3

Je roule toute l’année en CBF 600, j’appréhendais la position de la Ducati, style de moto que je sais souvent raide en suspension, contraignant en position de conduite. La SS a jeté mes a priori aux orties et m’a fermement convaincu par des arguments propres à sa nature de sport-GT moderne. Et de quelle modernité parle-t-elle ? Celle des années 2010 et, il faut l’espérer, des suivantes. Pendant que les vraies sportives pures et dures se tirent la bourre à la puissance la plus indécente de l’histoire de la moto, quelques routières et sportivo-routières joutent sur un autre terrain, qu’il reste à défricher : le poids. Sa quête est tout aussi infinie que celle de la puissance mais beaucoup plus gratifiante pour l’ensemble de la communauté moto.

Ducati 939 SS_5

La 939 SuperSport naît d’un puzzle Ducati. Son moteur, 937 cm3 Testastretta dérivé de l’Hypermotard, développe 113 ch et fournit 9,9 mkg de couple (données constructeur). Son cadre provient de la Monster 821 et son bras oscillant de la Monster 1200. Le train avant a aussi été prélevé sur la Monster 821. Elle reprend la lignée laissée par les 900 et 1000 SS, avec une allure plus moderne, toujours sportive, et un équipement propice au tourisme, comme une bulle réglable sur deux niveaux en hauteur, plusieurs modes moteur qui agissent sur la réponse à la poignée de gaz et l’adaptent à la configuration de la route, une selle large et épaisse, un tableau de bord qui se commande depuis le commodo gauche…

Ducati 939 SS_8

Mais elle ne prolonge pas vraiment la carrière de ces anciennes 900 et 1000 SS, des motos agréables en leur temps mais un peu trop sportives au niveau position de conduite et parfois raides à emmener sur les petites routes bosselées ou dégradées. La 939 SS écrit une nouvelle page de cette histoire-là. A la croisée de métissages Ducati est née une SS parfaitement homogène… pour une Ducati. A mon avis subjectif, elle est la plus homogène de toutes les Ducati produites aujourd’hui. On l’enjambe et s’étonne de l’incroyable finesse de sa selle au plus près du réservoir. Et comme l’assiette de la moto ne la bascule pas trop vers l’avant, le bas du corps ne vient pas s’abîmer contre ce réservoir, si vous voyez ce que je veux dire. Les demi-guidons, hauts, issus des anciennes routières ST, sont assez ouverts, c’est à dire plus vers l’extérieur de la moto que vers l’intérieur. Mais les poignets ne souffrent pas, le corps s’appuie sur les repose-pieds parfaitement positionnés et sur la selle, assez confortable. Ce qui soulage les avant-bras. La position de conduite à moto, c’est comme un sous-vêtement. Ça ne se distingue pas de l’extérieur mais ça contribue au-delà de tout le reste au confort, au bien-être, à la liberté de mouvement. La 939 SS met vite à l’aise et dévoile quelques secondes plus tard son gros atout, sa carte maîtresse : son agilité-facilité. On dit en langage motard « un vrai vélo ! ». Une prouesse pour une sport GT. Elle introduit dans cette catégorie une qualité auparavant réservée aux plus petites cylindrées, une agilité, maniabilité, vivacité, tout ce que vous voudrez dans ce registre, inconnues jusqu’alors. Elle inaugure la sport GT moderne, des fois qu’elle voudrait être un peu la moto du XXI ème siècle. Son train avant hyper précis et neutre se domine, se maîtrise, se commande.

Ducati 939 SS_2

Le moulin de la Ducati, sur route, colle pas mal à ce qu’on attend d’une sport GT légèrement plus sport que GT. Sous 2 500 tr/mn, il a tendance à s’étouffer un peu, même s’il reprend rapidement le dessus, sans trop de soubresauts comme c’était le cas avec les 900 SS. Ensuite, il grogne joliment et génère une grosse matière lourde de sensations, d’élan, d’assaut presque. C’est à hauts régimes qu’il baisse un peu les bras, après 8 000 tr/mn. Trois modes de réponse à la poignée de gaz sont sélectionnables au guidon (Urban Touring, Sport). Si le mode Urban n’a pas d’intérêt, le Touring est plus sympa en ville car plus doux pour décoller, et le Sport convient mieux à toutes les autres utilisations. Les niveaux d’ABS et d’antipatinage sont aussi réglables.

La bulle se règle en hauteur sur deux crans.

La bulle se règle en hauteur sur deux crans.

Mais…

Rouler à deux sur la Ducati est une tannée. Les repose-pieds sont trop haut placés, aucune poignée de maintien n’a été prévue, la position du passager le bascule trop vers l’avant. Incroyable qu’une marque comme Ducati n’ait pas mieux étudié le duo pour la SS. Il suffisait d’une selle un peu plus large, moins inclinée et de poignées qui auraient démontré tout le talent des designers pour les rendre efficaces et discrètes. Autre gros défaut de la 950, la difficulté à arrimer un sac sur cette place passager, par manque de fixations auxquelles accrocher les sandows.

Ducati 939 SS_4

Sa boîte de vitesses pourrait aussi être plus douce, la moto d’essai n’avait que 700 km, elle se rôdera donc encore, mais la difficulté à trouver le point mort énerve souvent. L’embrayage manque lui de progressivité au démarrage, il faut être prudent sur le lâcher du levier sinon la moto cale. Enfin, la protection, malgré la bulle réglable en hauteur, n’atteint qu’un niveau moyen, surtout au niveau des épaules où la pression est forte sur autoroute.

Malgré ces défauts, je l’ai beaucoup aimée. La Ducati s’utilise facilement au quotidien, elle m’a filé la banane chaque fois que je l’ai démarrée. Le plaisir du twin raisonnablement puissant, avec pas mal de couple dès les bas régimes, et surtout cette facilité, cette efficacité du train avant, aussi plaisante en interfile que dans les grandes courbes. A moto, c’est évident, l’ennemi est le poids.

Ducati 939 SuperSport-S / 13 190 €

96 ch mesurés à la roue arrière sur le banc de puissance de Helit Moto (95).

216,5 kg tous pleins faits.

Plus d’infos techniques ici.

Ducati 939 SS_6

Partager

3 commentaires sur “Essai Ducati 939 SuperSport

  1. J’ai aimé aussi, par contre personne d’autre ne trouve que le bruit du moteur très peu sexy, dans la lignée des moteurs refroidis par liquide?
    Sinon, attention, sous la selle il y a des boucles déplorables pour attacher les bagages, donc contrairement à ce qui est écrit dans l’article, il est très facile d’y attacher un bagage avec un filet.

No Comment ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *