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Etik Motorcycles

Le goût de faire (bien)

Par Zef, photos Etik Motorcycles et Zef. Article réalisé en collaboration avec Moto Revue Classic.

Au calme, dans la banlieue de Rouen, deux jeunes garçons ont réussi le pari de faire de la prépa moto leur métier. Etik Motorcycles a été fondé pour durer.

L'établi, propre. Toujours...

L’établi, propre. Toujours…

« Aimer faire » est une notion rarement éprouvée. Elle suppose des contraintes, de l’organisation, une vision et tout de suite ça casse le rêve. Il semble toutefois que Ben et Damien, les toqués d’Etik, aient fondé leur atelier pour « faire », comme un aboutissement. Le bricolage leur est tombé dessus naturellement, emprunt d’un goût pour le perfectionnement et la déco. Une lampe, un meuble, une voiture… Tout y passait. Leurs études les ont menés vers le génie civil, l’architecture et le design, la maîtrise d’ouvrage. Où la rigueur règne.

Damien en Ben, piliers d'Etik.

Damien en Ben, piliers d’Etik.

Pas sûr qu’il soit élogieux de dire que l’atelier d’Etik Motorcycles s’en ressent, on va penser que Ben et Damien sont ennuyeux, ce qui n’est pas le cas. Mais le panneau d’outils ordonné, la liste des tâches en cours sur le tableau, la propreté du sol entrent en résonance avec l’allure de leurs bécanes, aux chromes clinquants, aux peintures reluisantes, à la mécanique nette.

Une Honda CB 500 T by Etik, avec Alain Souchon, surpris, au guidon. Il passait par hasard par là, dans le centre de Rouen.

Une Honda CB 500 T by Etik, avec Alain Souchon, surpris, au guidon. Il passait par hasard par là, dans le centre de Rouen.

Proche de Rouen, à une heure et demie de Paris (« important pour les contacts, les clients et les événements » affirment-ils), ils se sont mis au calme dans le sous-sol d’un pavillon de banlieue. Autre indice du sérieux qu’ils vouent à leur projet, le souci comptable de leurs différentes démarches, preuve de leur engagement sur le long terme, gage de confiance aussi pour leurs clients. « Nous ne sommes pas de bons commerciaux, déplore Ben. Nous préférons refuser un projet qui engendreraient trop de frais plutôt que de surprendre le client par une facture démesurée ou pire, des pannes à répétition une fois sa moto récupérée. Si une moto nous arrive en piteux état mécanique, nous le lui signalons aussitôt. On accompagne alors son propriétaire dans une éventuelle réfection, mais tout est clair au préalable. Parce que pour nous, une moto doit avant tout rouler. » Ben et Damien appréhendent la prépa en véritables entrepreneurs, avec humilité et pas mal de maturité pour leur jeunesse (27 ans).

Une XS 400 fraîchement terminée, dans l'atelier.

Une XS 400 fraîchement terminée, dans l’atelier.

Leur fantaisie leur vient de leur grande culture industrielle et mécanique. La série de Ducati Desmo Classico en témoigne, émanation de l’histoire de la Ferrari 250, célèbre par son moteur V12 Colombo, dont les seize modèles ont été décliné entre 1952 et 1964 selon différents carrossiers et designers. Etik souhaite faire vingt modèles numérotés sur base de Ducati Monster Evo 1100 ou 1100 S, ou aussi 696 et 796 (mais ces deux derniers ne figureront pas sur la liste des motos numérotées), « des motos très fiables » assure Ben. Ils n’acceptent de réaliser ce projet qu’à partir de moto à l’historique limpide, dont le kilométrage ne dépasse pas 10 000 km. Dès lors, la sellerie et le coloris correspondront aux références d’une des Ferrari 250. La ligne d’échappement, bloc optique et les bocaux de maître-cylindres sont réalisés sur mesure. Le reste des accessoires, tels les jantes à rayons Borrani ou le freinage Beringer, reste au choix de l’amateur d’art mécanique italien. « C’est notre dernier projet, explique Damien. Nous nous y investissons beaucoup. Un site particulier a été mis en place, www.desmo-classico.com. Comme d’habitude, nous mettons un point d’honneur à parfaire l’élégance et optimiser le comportement de la moto. Une valve à l’échappement peut par exemple contenir la sonorité quand on le souhaite. »

Le projet Classico Desmo.

Le projet Desmo Classico.

Si la Monster paraît raisonnable et assez classique comme choix de prépa, les deux jeunes garçons ne s’effarouchent pas face à une Yamaha TR1, à la réputation mécanique douteuse, ou une XS 400. « Nous avons trouvé un mécanicien spécialiste de l’ancienne, dont le métier initial est de restaurer des voitures sportives des années 60 ou 70. Ca n’a pas été facile de nous entourer de personnes fiables et compétentes pour les travaux que nous déléguons, comme la peinture ou la sellerie. Il nous a fallu deux ans pour les rencontrer. » Etik s’attache au design, à l’ébauche du projet de prépa, à l’électricité et au montage complet des motos. Chacune est ensuite essayée sur une centaine de kilomètres. Damien et Ben sont d’ailleurs curieux de l’évolution des motos modernes, qu’ils s’attachent à essayer auprès des concessionnaires rouennais. Avec une préférence pour les modèles néo rétros, mais aussi des coups de cœur pour une Triumph Speed Triple ou une BMW R 1200 R. « Les modèles de la vague néo rétro sont une chance pour nous, pas mal de monde aura envie de les personnaliser ensuite. » La vision à long terme… Ils arrivent aujourd’hui à préparer une vingtaine de motos par an.

Etik, deux mecs vraiment cool, humbles, sérieux, loin de l’idée reçue sur « les jeunes ateliers branchés », détestés par les « vrais, purs et durs ». Dans la prépa, comme dans les autres domaines de la moto et d’ailleurs, on trouve des gens sérieux et sympas et parfois des escrocs infects.

Etik font partie des rares qui osent s'attaquer à des motos incongrues ou oubliées, comme cette Yam' MT-03.

Etik font partie des rares qui osent s’attaquer à des motos incongrues ou oubliées, comme cette Yam’ MT-03.

 

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