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Fabriquer un cadre de Ducati 916

Créé un cadre, enfance de l’art ?

A l’écoute de Ludo, boss de l’atelier Crazy Racers, créer un cadre paraît d’une accessibilité technique presque palpable. Il décrit les différentes étapes de la fabrication avec clarté et précision, l’aura du mystère se dissipe, le procédé devient technique, où le soin et l’organisation priment.

Le jour du rendez-vous, il terminait une réplique de cadre treillis en tubes d’acier de Ducati 916 pour un client surprenant, qui a viré le gros twin à refroidissement liquide pour le remplacer par une 1000 à air deux soupapes.

Ludo possède tout l'outillage nécessaire à l'usinage (tour, à gauche, perceuse à colonne etc.).

Ludo possède tout l’outillage nécessaire à l’usinage (tour, à gauche, perceuse à colonne etc.).

Ludo, calme (malgré les litres de café qu’il engloutit et ses trois heures de sommeil quotidiennes…), s’est assis et a commencé ainsi, le regard droit :

« Première étape : je prends le cadre d’origine, je bride la colonne de direction et je le positionne sur le marbre, au niveau des IPN, les fers en I qui constituent la base du marbre, laquelle doit être extrêmement rigide afin que rien ne bouge. Puis je place tous les outils de bridage du cadre pour reprendre les points de fixation principaux, au niveau des fixations moteur et de celles du bras oscillant. J’installe des supports de tubes orientés, pour respecter les formes et les passages des tubes par rapport au moteur. C’est la base pour reproduire un cadre à l’identique. Une fois toutes ces cotes relevées et respectées, il sera possible d’apporter toutes sortes de modifications : l’angle de colonne, le diamètre des tubes, leur longueur, leur cintrage, voire même le nombre de tubes… On peut aussi conserver toutes les valeurs d’origine mais travailler différemment le design du cadre, sa structure générale, comme Egli l’a fait avec ses cadres poutre.

Le marbre, sur lequel l'ancien cadre de Ducati 916 est encore installé.

Le marbre, sur lequel l’ancien cadre de Ducati 916 est encore installé.

Ensuite je retire le cadre d’origine du marbre et je passe à la fabrication de tous les tubes, avec leur cintrage, la mise en forme des tubes, les découpes de gueule-de-loups (supports en demi-lune pour renforcer les endroits où deux tubes se joignent, ce qui limite les contraintes), tout ce qui constitue la préparation du cadre en kit. Pour cette réplique de 916, j’ai utilisé comme acier le 25CD4S, issu de l’aéronautique. Les diamètres des tubes sont identiques à l’origine, mais leur épaisseur est différente. Certains tubes font 2 mm d’épaisseur, d’autres 1,5 mm. Sur l’origine, tout est en 2 et 3 mm d’épaisseur. C’est là que je vais gagner du poids. L’acier 25CD4S a fait ses preuves, il est plus rigide que celui utilisé sur les cadres d’origine. »

Découpe au plasma.

Découpe au plasma.

Ludo revient sur les gueules-de-loup, procédé essentiel.

« Pour les fabriquer, j’utilise un excellent logiciel disponible en ligne, gratuit, nommé Tube Miter. Il permet de développer un dessin à plat pour faire une découpe de gueule-de-loup. On imprime ensuite le dessin sur une feuille, qui permet de faire la découpe sur le tube. Il faut le préparer à l’avance, le nettoyer, enrouler le dessin autour du tube au bon endroit, selon les cotes relevées. L’assemblage doit être parfait pour qu’au moment du pointage (points de soudure), il n’existe aucun écart entre toutes les jonctions de tubes. Sinon le cadre ne résistera pas aux contraintes. Ensuite je découpe le tube au plasma pour créer la gueule-de-loup, mais on peut le faire avec une disqueuse. Proprement, évidemment bien ébavuré en meulant. Avant l’assemblage, il faut vérifier la bonne jonction. Et avant de pointer, il faut percer les tubes au niveau des jonctions, pour ne pas que l’air enfermé se dilate lors d’un apport de chaleur (retouche de soudure ou autre) et affaiblisse le cadre. Un coup de forêt de diamètre 3 ou 4 suffit. Le trou doit percer entre les deux tubes, à un endroit où l’eau ne pourra pas passer en cas de pluie ou de projection. Il existe toujours une circulation d’air entre tous les tubes du cadre. Certains peuvent être bouchées par des éléments en plastique, qu’on trouve d’ailleurs sur certaines motos de séries.

Assemblage de tubes avec gueule-de-loup.

Assemblage de tubes avec gueule-de-loup.

Autre étape de la préparation, le cintrage des tubes. Moi j’utilise une cintreuse manuelle, mais ce peut être aussi fait au chalumeau, avec remplissage des tubes au sable. Attention à ne jamais bouchonner les tubes, et le sable doit toujours être très sec quand on se lance dans cette opération ! S’il est humide, ça crée de la vapeur qui peut faire exploser le tube ! La cintreuse manuelle reste plus facile, elle permet de reproduire les angles et quasi tous les rayons de courbure. Re-attention, tous les matériaux, sauf les recuits comme le cuivre, ont un effet ressort, il faut cintrer un peu plus que prévu pour compenser cet effet. Sur le 25CD4S, j’ai eu cette fois 4° d’écart par rapport à ce que je désirais. Il faut faire un grand nombre de relevés pour être certain de la cote. Toujours vérifier ! »

La cintreuse manuelle, avec mesure de l'angle.

La cintreuse manuelle, avec mesure de l’angle.

Ludo insiste alors sur longueur réclamée par toutes ces étapes préparatives. Elles représentent l’essentiel du travail, les 4/5ème de la fabrication d’un cadre. Il répète à l’envi combien les clients ne se rendent pas compte de l’ampleur de cette tâche et s’étonnent du temps passé…

« Ensuite il faut s’assurer de n’avoir rien oublié : les fixations moteur, celles des bobines et de la boîte à air, les supports de réservoir, d’amortisseur ou de maître-cylindre de frein arrière, de l’araignée, des carénages, les renforts etc. Il faut faire un assemblage à blanc du « Lego » pour traquer le moindre oubli ou constater la moindre erreur d’assemblage.

Enfin je procède à l’assemblage et je pointe. Je me sers du TIG, je fais plusieurs points pour ne pas que les tubes puissent bouger au moment de l’application du cordon, c’est à dire lors de la soudure finale. Je réalise donc des points de soudure. Quand les gueules-de-loup sont bien faites, le pointage ne nécessite même pas de métal d’apport. On peut se permettre de ramener les deux métaux en fusion. Ces gueules-de-loup facilitent l’assemblage.

Ludo soude au TIG.

Ludo soude au TIG.

Puis j’applique les cordons avec un apport de métal, sur un acier très propre, poncé et nettoyé. Beaucoup d’aciers sont livrés avec un revêtement gras, pour éviter l’oxydation, qu’il faut retirer aux endroits de soudure avec de l’acétone puis en ponçant. Certains aciers demandent à être chauffés avant soudure pour se détendre, d’autres n’en ont pas besoin, il faut absolument se renseigner à l’avance.

Au niveau de la colonne, je soude aussi des gueules-de-loup, à des endroits très précis pour respecter les cotes. Les colonnes sont souvent usinées dans une barre, faites d’un seul bloc. Celle-ci a été usinée dans du 25CD4S.

Détail de la colonne de direction.

Détail de la colonne de direction.

Une fois les cordons de soudure réalisés, il faut tous les vérifier. Je laisse reposer et je revérifie. »

Facile, non ? Aujourd’hui, en temps cumulé, Ludo met une grosse semaine pour réaliser un cadre complet. Sur celui-ci, pas mal de choses ont été revues par rapport au cadre d’origine, notamment au niveau de certains renforts, devenus inutiles puisque la moto sera en configuration piste. Près de 2 kg gagnés par rapport à l’origine, qui pèse 9 kg.

La complexité d'un cadre est ici bien représentée.

La complexité d’un cadre est ici bien représentée.

Reste le prix. Ludo émet énormément de réserves avant d’avancer un tarif. On parle ici de cadre en tubes d’acier, pas de cadre à double longerons en aluminium ! Il faut compter de 1500 € à plus de 3000 € selon les demandes spécifiques et la complexité du cadre. Le coût peut être bien sûr beaucoup plus élevé pour une création unique. Mais s’il reste proche de l’origine, il peut rester sous les 2000 €.

Restez Fast !

Pour tous renseignements

  • Site internet :

http://ludo91.wix.com/new-cr

  • Mail :

ludo@crazyracers.fr

8 commentaires sur “Fabriquer un cadre de Ducati 916

  1. Super article!
    Contente de voir qu’il existe des fabricants de cadre. Le travail est bien mis en valeur et le produit fini a vraiment l’air de qualité, bonne continuation à Ludo!

  2. Bravo pour la qualité des explications et pour les photos. J’en redemande. J’ai juste envie de modifier un ou deux cadre pour en faire des café racer, mais je me rend compte de la difficulté du travail. Merci de rendre les choses moins hermétiques. De votre point de vue, cela semble maintenant abordable pour moi. Avez-vous un site où voir d’autres de vos travaux ? Hervé (Namur/Belgique).

  3. Ahhh le Ludo
    Heureux de voir cet artiste en ligne ici.
    C’est vraiment un sacré personnage, un tétu de la mécanique, un gars qui veut sans arrêt découvrir comment est fabriqué telle ou telle pièce, rien ne lui échappe.
    Je suis l’heureux propriétaire d’une Ducati 900 ss de 92, que je voulais rendre encore plus efficace pour l’arsouille sur petites routes.
    Alors on a tout viré, et Ludo m’a fabriqué selle, gardes boues, réservoir, tableau de bord, simplifier à l’extrême le faisceau électrique, tout cela pour en faire une bécane de 168 kg, d’une efficacité géniale sur les routes à rallye.
    En trois ans, l’artiste c’est encore amélioré, titre de champion du monde à l’appui, il devient un peu plus difficile de boire une bière avec lui, mais la confiance des gens qui ont cru en plus au début de Crazy Racer est toujours forte, et si l’envie d’améliorer la ducat’, si cela est possible, sur que Ludo me trouvera une place pour réaliser mes délires…
    Merci pour ce reportage superbe, où quelques photos en plus ne seraient pas pour nous déplaire…
    Belles petites routes à vous.
    Michel périssat

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