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Jul Motocyclettes

Jul’, mécanicien, amoureux de culture populaire

Quand on est arrivé avec Max, les plombiers étaient encore dans l’atelier, à enjamber des bouts de mécanique pour atteindre la chaudière. Le joyeux boxon s’est étendu tout autour du pavillon, émanation du fourmillement incessant qui agite Jul’, de sa passion pour toutes ces cochonneries au riche passé populaire. « Je suis historien de formation » répète-t-il, prétexte pour saupoudrer son jardin de vieilleries rouillées. Il les chérit de l’œil, leur promet un avenir radieux, et ça fait bien marrer Max, qui leur annonce une bonne dizaine d’années avant de respirer à plein cylindre. Parce qu’on dit Jul’ un peu embarrassé dans ses projets personnels, enfin un peu lent…

Un des tous derniers Solex fabriqué au monde, en 1988. " J’ai juste ajouté le siège enfant et les pédales, il est d’origine sinon."

Un des tous derniers Solex fabriqués au monde, en 1988. « J’ai juste ajouté le siège enfant et les pédales, il est d’origine sinon ».

Il donne priorité à son commerce utile, la réparation ou restauration de pétochons et autres motos souvent d’origine populaire, de vieilles BMW, Honda Transalp, avec une spécialité reconnue pour les Honda 125 Twin. Il faudra aussi qu’il termine une FZX 750.

Le reste du temps il entasse. Une Motobécane Z 54 C de 1954 retient son attention là, propriété d’un client. Il a développé une culture incroyable de toutes ces petites cylindrées, souvent françaises. Voyez vite fait sur le net, tapez le nom de ces Motobécane ou Koehler Escoffier etc. et constatez le nombre de modèles différents, à donner le tournis.

Jul’ les connaît par cœur. On continue à contourner les alignements de cyclos et mob’ rongés.

Logo Motobécane d'une 125 LT.

Logo Motobécane d’une 125 LT.

« C’est facile de trouver des pièces pour ces 125 françaises ou les vieilles Mobylette ? – Oui mais c’est compliqué. Tu trouves tout en clic sur internet. Surtout de la saloperie. Exemple tout bête, les allumages pour mob’ des années 70 coûtent entre 60 et 70 €, tout compris, dans la boîte aux lettres sous 24 heures. Eh ben ça ne marche jamais. J’ai un bermascope, un vieil outil qui permet de tester les allumages, que j’ai utilisé une fois pour en contrôler cinq venus d’orient. Un seul donnait à peu près correctement, mais quand-même deux fois moins que l’allumage d’origine qui avait 60 ans ! » L’explication la voici, les clients préfèrent acheter une bobine à 30 € pour utiliser la mobylette une fois dans l’année, plutôt que du matériel neuf à 150 €. Il y a un marché pour la mauvaise pièce, il est immense. « Du coup je fabrique les bobines moi-même, pour les mecs qui se servent de leur bécane. Parce qu’eux savent le vrai prix de ce qui fonctionne. »

Publicité de 1951 pour l'AV3.

Publicité de 1951 pour l’AV3.

Jul’ déménage bientôt, pour un atelier plus grand. Le seul tri devrait lui prendre entre un et trois mois, au mieux.

« Celle-ci est une très jolie Gnome et Rhône R2, on ne dirait pas comme ça… Elle date de 1946, ce que sa fourche à parallélogramme dotée d’un système de suspension à caoutchouc révèle. Là tu vois une Motobécane D 45 S de 1952, complète (monocylindre quatre temps de 125 cm3), à restaurer, mais c’est simple à faire. Je la vends 300 ou 400 euros à celui souhaite se lancer dans la bricole, avec une petite machine sympa. C’est l’équivalent de la 2CV. La moto populaire par excellence, elle doit rouler à 60 maxi, mais t’as le sourire à son guidon. » 10 cm plus loin, une mobylette rare, une AV7 bleue avec fourche à balancier, semblable à un modèle Chaudron, de luxe. L’AV7 restait elle une moto populaire, affublée quelques mois d’une fourche à balancier chère, elle s’est très mal vendue. Il poursuit sa revue, s’extasie devant d’autres raretés (mob’ à graissage séparé et fourche télescopique, ou encore avec rétroviseur suspendu…).

L'atelier de Jul', avec une étrange XS 650 customisée au premier plan, amenée ainsi par le client, et une BMW sur le pont.

L’atelier de Jul’, avec une étrange XS 650 customisée au premier plan, amenée ainsi par le client, et une BMW sur le pont.

Le plombier signale la fin de sa tâche. Jul’ part le remercier, Max m’éclaire : Motobécane était le premier constructeur mondial de deux-roues motorisés entre 1956 (ravissant le titre à NSU) et 1960, et la Mobylette s’est vendue à 14 millions d’exemplaires. Un pan immense de l’histoire industrielle française, avec des recherches de solutions techniques infinies.

Nous sommes maintenant sous l’appentis collé à la maison. Une auto Solex, une Motobécane 125 LT, une Yam’ 125 RDX, des carénages Altus, une Auto-Moto… Rien n’est prétentieux ici. Beaucoup de vestiges mécaniques culturels, le regret d’un glorieux passé industriel et aussi le goût de la simplicité. Remarquez ces valeurs reviendront sûrement à la mode, Jul’ en deviendra l’icône… Attention, il revient !

Jul' s'est engagé à organiser au printemps une balade avec ces trois meules : Motobécane 125 LT, Yamaha 125 RDX et Honda 125 Twin. Pourvu...

Jul’ s’est engagé à organiser au printemps une balade avec ces trois meules : Motobécane 125 LT, Yamaha 125 RDX et Honda 125 Twin. Pourvu…

« Alors ! Ah, ici il y a de vraies belles choses » entonne-t-il de sa voix forte et claire. « La Guillaumont ! Extrêmement rare ! De 1946, et production locale : 4 avenue Charras à Clermont-Ferrand. Elle a un moteur AMC, fabriqué aussi à Clermont, je ne crois pas que ce soit ce mono qui était monté d’origine en 46. Ce moulin date de 1949 ou 1950 car c’est un 125 cm3… Mais comme le frère du fabricant Guillaumont était le développeur des moteurs AMC, il est fort probable qu’ils aient construit cette partie cycle juste pour tester les tous premiers moteurs AMC d’après-guerre, des 108 cm3. » La passion de l’historien a trouvé là un terreau plus que fertile, pas besoin d’arroser. « Au fur et à mesure, ils ont conservé cette moto pour essayer les évolutions AMC. Mais j’ai la carte grise, fait plus rare encore, j’ai eu le bol de trouver un cadre avec sa CG sur Le Bon Coin ,de la bonne année, alors qu’il n’y a eu qu’une dizaine de Guillaumont fabriquées en 1946.

La Guillaumont de 1946.

La Guillaumont de 1946.

Parmi les détails intéressants, le guidon sport installé sur une fourche à parallélogramme, laquelle est probablement de fabrication maison. Le bras oscillant, unique en 46. Le moyeu avant et sa roue sont hyper fins, peut-être la preuve que la moto a fait de la course. Il y avait deux ou trois circuits urbains à Clermont, d’ailleurs une zone industrielle s’appelle toujours Le Kilomètre Lancé. Le soin apporté aux découpes et aux soudures m’a impressionné, révélateur du haut niveau technique des gars qui ont bossé là-dessus. Et tu as remarqué le cadre double berceau ? Je soupçonne aussi le moyeu de roue arrière d’être issu d’une fabrication maison. Et la selle suspendue avec un gros ressort central et un renvoi ? Guillaumont était motociste à Clermont et il fabriquait aussi des motos ! Inimaginable chez un concessionnaire aujourd’hui. Tu mesures le grand écart entre les années 40 et 2000 ? » Jul’ a sauvé la Guillaumont, destinée à l’étranger. « Les Français font très attention à ne pas acheter de vieilles motos françaises pour être certains de ne pas préserver le patrimoine » ironise Jul’. La concession Guillaumont est devenue plus tard Lucien Paul, grosse boutique très connue des clermontois, qui vendait principalement des Motobécane.

La plaque Guillaumont, d'époque.

La plaque Guillaumont, d’époque.

Jul’ ne restaurera pas la Guillaumont, patrimoine historique. Il pistera sa vie passée, ira aux archives départementales fouiller dans la carrière de Mr Guillaumont. Quand il aura le temps. Il revient sur les 125 twin Honda.

« Des motos exceptionnelles ! Une 125 twin Honda, c’est un quatre temps avec arbre à cames en tête, ça prend 12 500 tr/mn et 120/130 km/h, ça fait 16,5 ch, donc pas accessible aux détenteurs du permis bagnole. Le même moteur que le CM-T 125, mais le calage du vilebrequin est complètement inversé, de 180°. Seuls les imbéciles qui ne savent pas ce que c’est, et ils sont nombreux, en rigolent. Il faut juste les connaître. Si tu n’as pas de lampe stromboscopique, tu ne peux pas régler l’allumage, et son calage est primordial pour ne pas percer des pistons. L’esthétisme est peut-être douteux, mais il pourrait revenir à la mode. Elles ont été produites jusqu’en 1988, et bien sûr les premières, de 1976, n’ont pas la même allure… »

Jul’, diplômé en histoire, en sport, ancien lutteur et entraîneur professionnel de rugby, mécanicien moto. Intarissable sur l’histoire mécanique et populaire.

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Jul' collectionne les vieilles affiches et les schémas techniques d'époque, utiles aux mécaniciens, avant l'arrivée des micro-fiches.

Jul’ collectionne les vieilles affiches et les schémas techniques d’époque, utiles aux mécaniciens, avant l’arrivée des micro-fiches.

 

 

 

2 commentaires sur “Jul Motocyclettes

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