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Le Garelli Junior Gran Turismo d’Adrien

1 000 km en cyclosport !

Par Adrien, 27 ans, nouvel ami de Fast&Lucky, à la plume habile, la culture étendue et la passion palpitante. On le définirait comme ça : « Il aurait aimé avoir le flegme canaille de François Cevert et le charme dévastateur de Giacomo Agostini. Au lieu de cela, Adrien Malbosc est né avec une passion incontrôlée et délirante pour l’automobile. Après quelques voitures anciennes et un passage dans le journalisme, il se tourne vers la moto sur le tard, à presque 25 ans. Fou d’objets anciens, la moto de ses rêves se doit de sentir (un peu) l’huile et (beaucoup) l’essence, raison pour laquelle il s’achète un cyclosport des années 70. La suite reste à écrire… »

L’encyclopédie mondiale de la moto rédigée par Francis Dreer affirme pudiquement que Garelli a connu « des fortunes diverses ». Comprenez donc « des infortunes nombreuses ». Après un début glorieux, avec la traversée de l’Italie du Nord au Sud en 1919 par le pilote Ettore Girardi, la marque végète dès les années 30. A la fin de la seconde guerre mondiale, Garelli délaisse la fabrication de moyennes cylindrées et réalise un coup d’éclat en présentant un moteur de 38 centimètres cubes. Pas de quoi arracher le bitume, mais suffisant pour déplacer les masses : il s’en vendra deux millions.

Adrien sur sa Garelli.

Adrien sur sa Garelli.

L’engin qui nous intéresse aujourd’hui (dont je ne connais pas la date de fabrication exacte, faute de suivi de carte grise, mais disons début des années 70) fait figure de pompe à feu en comparaison. Regardez un peu : boite 4 vitesses et 6,5 ch ! Il n’en faut pas plus pour décoiffer le futur motard habitué aux poussifs vélomoteurs. Très pompeusement baptisé « Junior Gran Turismo », ce petit machin vibrant et bondissant est un des engins les plus drôles qu’ils m’ait été donnés de conduire.

Si si… laissez-moi vous convaincre.

Force est d’admettre que même un adolescent s’ouvrant fraîchement à la vie d’adulte a déjà vu des deux-roues plus impressionnants. Vendue à l’époque avec un tout petit carbu bridant la vitesse de pointe à 45 km/h, ma « Junior Gran Turismo » s’est vue dotée d’un carburateur de plus gros diamètre… qui paraît quand même ridicule ! Belle de loin mais loin d’être belle, cette Garelli est mienne depuis un an et demi. Dans son jus, hormis un voile de peinture assez vilain, elle sécrète sur la route une quantité de liquides variés assez hallucinante. Qu’importe, l’huile ainsi généreusement déposée tout le long de la moto permet de la préserver des affres de la rouille…

Garelli 50 2

Le dessin est même presque harmonieux, avec de grandes roues, un cadre double berceau (on se demande bien pourquoi) et un ingénieux bloc phare/compteur. Comble du raffinement, un petit logement avec couvercle (mais sans serrure…) permet de ranger des bricoles. L’immense réservoir permet d’affronter des centaines de bornes avant de songer à la prochaine station… Heureusement d’ailleurs, car faire le plein réclame une certaine habitude, puisqu’il faut mélanger  le sans-plomb avec de l’huile deux temps. Mais l’essentiel n’est pas là. Pour comprendre pourquoi ce cyclosport m’a conquis, il suffit de passer derrière le guidon.

J’en eus l’occasion lorsque d’une virée entre potes qui organisent un « moped marathon » chaque année : entre 200 et 250 kms en un week-end avec des vieux 50 (où j’ai également conduit une Honda Amigo, genre mobylette, merveilleusement impétueuse dans son comportement tout en étant incroyablement imprécise…). Une année, l’un d’entre eux m’a proposé de le faire avec la Garelli… Et je ne lui ai jamais rendue ! Comme il déménageait en Australie, ça tombait bien pour lui. 

La première impression n’est pourtant pas la bonne. Il faut s’habituer aux dimensions particulièrement ridicules de l’engin, prodiguant à son pilote autant de classe et d’allure qu’un hippopotame sur le tricycle de mon neveu. Inutile de chercher un bouton de démarreur ni de clé, il n’y en a pas : un coup de jarret bien décidé suffit à lancer le tout petit deux-temps. Ce dernier fait clairement savoir qu’il est là, tant le bruit de casseroles est élevé et la réponse à la poignée hyper rapide. A côté de ma 125 neuve et 4-temps qui partageait mon box à l’époque, cette Garelli émet une sonorité franchement plus amusante !

Garelli 50 1

Photo lors de la virée entre potes. Plus la cylindrée est petite, plus la sortie est épique !

Non, la pédale de gauche n’actionne pas les vitesses mais le frein arrière. Le changement de rapports se fait donc à droite, donnant l’agréable sentiment d’être aux commandes d’une puissante italienne ou britannique d’époque. Première en haut, l’engin s’ébroue avec une nervosité étonnante. Les rapports s’égrainent vite en actionnant le sélecteur vers le bas, le petit monocylindre prend des tours avec une bonne humeur franchement communicative tout en réveillant les voisins avec vigueur.

Le seul vrai défaut apparaît très rapidement : une quasi absence de frein. Mais quel grand penseur a dit un jour, « freiner c’est tricher ? ». J’applique donc fidèlement cette maxime, tandis que je savoure les pouces levés et les commentaires sympathiques. On la confond souvent avec une Motobécane, mais tout le monde semble apprécier cette Garelli. Dans les encombrements si fréquents, ses rapports serrés, sa taille de guêpe et son poids ridicule (on la soulève à une main sans problème) permettent de réaliser des moyennes pas si ridicules…

Il ne faut pas hésiter à s’éloigner du béton pour gouter aux charmes du Junior. Après tout, c’est un « Gran Turismo » ! Oui, ce cyclosport est très à l’aise à la campagne, notamment dans les petits enchaînements. Très étonnamment, l’engin est parfaitement équilibré : franc, agile, stable, nerveux à défaut d’être puissant, il réclame presque d’être mené à la cravache ! Le courageux dompteur se verra gratifié d’un ébouriffant 70 km/h en vitesse de pointe tandis qu’un sourire idiot parcourra son visage.

Alors que tous les 50 cc de cette époque m’ont semblé inconfortables (au mieux) ou dangereux (au pire), ce Garreli est une vraie petite moto attachante. Cerise sur le gâteau ? En 1 000 kilomètres, et sans le moindre début de commencement d’embryon d’entretien, je n’ai pas connu de panne. Il m’est même arrivé de l’utiliser les jours où ma moderne 125 sino-française refusait de démarrer… Et c’était fréquent ! Au cas où, le manuel est disponible sur le net en PDF et les pièces ne sont bizarrement pas si rares.

Vive, amusante, fiable malgré un état « dans son jus », cette Garelli m’a donné le goût des petits cylcos à vitesses ainsi que le goût des 2 temps qui prennent des tours. De nombreux kits d’époque permettent de booster la bête. N’oublions pas que dès les années 60/70, certaines 50 cc de compétition tutoyaient les 200 km/h… Grâce à toi Garelli, je ne répète plus bêtement cette phrase culte de Joe Bar Team : « Je pisse sur les cylindres à trous qui puent ! ».

Une Garelli Gran Turismo neuve, de 1970.

Une Garelli Gran Turismo neuve, de 1970.

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