Accueil » Fiction » Le vieil homme et l’essence

Le vieil homme et l’essence

Fanny Lalande est romancière. Elle a publié plusieurs ouvrages, notamment chez Ker Éditions, où est sorti son premier roman, Mad, Jo et Ciao. Actuellement, son second roman, Délicieuse Enfant, est disponible chez Zone 52 Éditions. Passionnée par les road-trips et l’univers de la moto, elle a accepté de partager son talent sur Fast&Lucky. Régulièrement, vous pourrez trouver ses nouvelles, spécialement écrites pour F&L, dans la rubrique « Fiction ».

Photo Thomas Brély.

Le vieil homme et l’essence

Comme tous les matins d’hiver, Philippe se lève vingt minutes plus tôt. Vingt minutes, c’est peu mais ça suffit. Parce que tout est précis avec Philippe, tout est pensé, il n’y a pas de gâchis. Et vingt minutes en hiver, c’est exactement le temps qu’il lui faut pour relancer le feu dans le poêle et rentrer les bûches pour la journée. Les matins où cela est nécessaire, où il faut sortir la pelle à neige et déneiger l’accès du garage à la route, Philippe met son réveil une heure plus tôt. Comme rien ne peut être laissé au hasard, il vérifie la météo tous les soirs, même ceux où il fait bon : l’hiver peut arriver en une nuit et recouvrir les dalles de l’allée, parfaitement alignées, d’une neige lourde et compacte. Ces jours-là, le réveil sonne à cinq heures trente et Philippe commence toujours par se faire couler un café. S’il n’a pas neigé dans la nuit, il attendra que le réveil de six heures trente sonne, installé dans le salon, devant le poêle chargé à bloc, profitant de ce moment de solitude pour écouter ses vieux disques. Les jours où la neige est tombée, il chausse ses épaisses bottes pour la dégager sur la largeur de la voiture, du garage à la route. Plutôt grand et bien bâti, cet exercice ne lui coûte pas trop si ce n’est une heure de sommeil en moins. Il y met toute sa force, sans lever les yeux, de la vapeur s’échappant de son corps chauffé par l’exercice. De loin, on dirait un grizzli qui chasse, quelle que soit la météo, la température ou la quantité de neige, il est dehors.

Pour rien au monde, il ne laisserait l’allée enneigée. Une question de principe.

Alors, il se lève plus tôt, il enfile ses bottes et sa parka et il déneige sans rien dire pour que les voitures puissent sortir. Les voisins aussi profitent de cette force de la nature et de cette gentillesse. Philippe, il a le cœur sur la main, un air bourru mais il déneige pour les bagnoles du quartier sans broncher. Les familiales, les citadines et même les crossovers, toutes passent grâce à lui. Et quand ses collègues arrivent au boulot, souvent en retard d’avoir gratté leur pare-brise et chassé la neige, elles ont la chance de trouver l’accès du parking dégagé, les larges coups de pelles de Philippe étant déjà passés par là, chaque voiture ayant sa place, bien nette au milieu de tout ce blanc.

S’il fait tout ça, c’est vraiment par bonté d’âme, parce que, comme tous les matins, été comme hiver, sous la pluie ou sous la neige, Philippe ira au travail à moto et pour la moto, pas besoin de déneiger.

Philippe n’a besoin de personne : il n’est jamais bloqué, toujours sur sa moto, il passe partout.

À le voir comme ça, il n’a pourtant pas les attributs du rebelle sauvage, sans peur et sans reproche. Philippe, ce n’est pas le genre à s’afficher. Rien d’ostentatoire, rien de précieux et encore moins un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos. Bref, si vous connaissez la chanson, vous êtes alors à des kilomètres de connaître Philippe. N’allez surtout pas mettre ça sur le compte de l’âge. Déjà parce qu’il n’est pas bien vieux et surtout parce qu’il a toujours été comme ça. C’est simple, depuis ses seize ans, il porte la même barbe, déjà bien rêche et fournie, la même coupe de cheveux et le même jean brut.

Si cet homme-là n’a rien des motards des magazines, c’est que pour lui, il n’y a rien d’extraordinaire à se déplacer en deux-roues. Cela relève du naturel. Alors quand il arrive au bureau, c’est sans y penser qu’il dépose son casque sur le dernier rayon de l’étagère, comme une femme poserait son sac ou ses clés de bagnole. À force, plus personne ne remarque la pluie sur sa veste, ni ne penserait à lui proposer de le déposer en voiture quand la tempête se lève.

Inutile de préciser qu’il ne s’en plaint jamais.

Forcément, la moto de Philippe, elle est à l’image du bonhomme. Pas de fioritures, rien d’inutile, une valeur sûre qui, armée de son top-case, le conduit tous les jours au boulot, comme elle pourrait le mener au fin fond des steppes. C’est comme ça qu’il l’aime : simple, efficace, fidèle. Et comme il l’aime, il prend soin d’elle et la bichonne, lui tapotant le réservoir comme un marchand caresse sa mule : des petites tapes fermes et pleines de reconnaissance.

La mule de Philippe, comme il convient de l’appeler, fut d’abord une BMW R100 RT, qu’il changea ensuite contre une 800 GS. Fidèle je vous dis.

Si l’envie lui avait pris un jour de personnaliser sa monture, à coup sûr, il aurait fait écrire force et robustesse. Un gladiateur cet homme-là, un grand gaillard aux allures de Centaure, toujours en deux-roues, par tous les temps, sur toutes les routes, sans frime et sans un mot.

Et tout ça, sans jamais faire chier personne.

Au travail, Philippe, entouré de femmes à tous les étages, a le caractère de sa moto. Vaillant, tout-terrain, mais sans marche arrière. En d’autres termes, il est toujours prêt à rendre service, mais il ne faut pas le prendre pour ce qu’il n’est pas. Ses coups de main sont aussi légendaires que ses coups de gueule, et si les uns permettent à la médiathèque de tourner rond, les autres en ont déjà fait trembler les murs. Ses collègues, pas franchement habituées aux trépidations de sa machine, se demandent si c’est la moto qui lui a façonné ce fort caractère, à la fois indépendant et téméraire, ou si c’est son état d’esprit qui l’a guidé vers la moto. Quoi qu’il en soit, l’un est tellement indissociable de l’autre qu’il ne leur viendrait jamais à l’idée d’imaginer l’homme sans sa machine.

À la médiathèque municipale, tout le monde connaît la moto de Philippe. Longtemps, elle fut la seule tolérée sur le trottoir, devant l’entrée. Jamais une prune, ni une rayure : notre bonhomme est aimé autant que redouté.

Le jour où les crédits de la mairie permirent la réhabilitation des trottoirs, Philippe, grand prince, n’attendit pas qu’on lui demande de déplacer sa mule : il choisit de la garer dans la petite impasse adjacente, où donnent la porte de la réserve et la sortie de secours. L’emplacement est certes moins glorieux, mais la gloire, vous imaginez bien ce que le bonhomme en pense.

Les semaines passèrent, l’hiver cédait doucement sa place au printemps et la combinaison de pluie avait remplacé les gants doublés dans le top-case. Philippe avait adopté son nouvel emplacement sans même y prendre garde : tant qu’il avait le même plaisir, tous les soirs, d’appuyer sur le démarreur et de la sentir se réchauffer doucement en s’équipant de pied en cap pour la route, le reste ne comptait pas. À vrai dire, notre homme n’était pas du genre à se faire du souci.

Il avait tellement l’esprit tranquille qu’il ne remarquait pas, tous les soirs quand il démarrait la BM’, la petite fenêtre du voisin qui s’ouvrait doucement juste au-dessus de lui.

Le vieil homme, qui habitait en face et qui ne sortait que pour aller jeter ses poubelles et faire ses petites courses, celui qui ne disait ni bonjour ni merci, cet homme-là avait bien remarqué que Philippe avait changé sa moto de place.

Matin et soir, il était collé à sa fenêtre et il attendait.

Un soir, quand Philippe regagna sa moto, il fut surpris, et pour tout dire fortement contrarié, de trouver un petit bout de papier, coincé derrière le guidon, sur lequel il était écrit ce mot pour le moins laconique : « Passez voir », signé « le riverain du dessus ».

Quand Philippe lut le mot, une colère sourde mais bien présente monta en lui. Le « riverain du dessus » avait tout l’air de vouloir faire la loi dans la ruelle et ça, ça mettait notre motard en rogne. Encore un de ces vieux aigris qui ne supportent plus que les autres vivent leur vie tranquille : le gars d’en face n’avait certainement rien de mieux à faire que d’emmerder le monde.

Il lança un regard noir vers la petite lucarne mais il ne dit rien, pas un mot, et il partit, un poil plus énervé que d’habitude. Qu’on puisse le convoquer comme ça, parce qu’il garait sa mule sous des fenêtres, ça lui chauffait le sang, et pas qu’un peu.

Le lendemain, calmé par la nuit et motivé par l’envie qu’on lui foute la paix, Philippe gara sa moto sur le petit parking de la médiathèque. Il avait passé l’âge de se faire sermonner parce qu’il faisait trop de bruit avec son brêlon. Entre le parking à vélos et les places de voiture, la BMW n’avait pas à s’excuser d’être là. Il n’avait aucune intention d’aller se justifier.

Inutile de préciser que le mot du « riverain du dessus » avait fini en boule dans le poêle, qui livrait là ses dernières flammes de la saison. Bientôt Philippe partirait pour un tour d’Écosse avec sa fidèle, et peut-être aussi sa femme qui finissait toujours par faire le deuil des vacances à la plage, pour suivre son motard de mari.

Chaque été, Philippe avalait les kilomètres et laissait de côté la routine qu’il devait affronter comme beaucoup, pas par goût mais parce que c’est comme ça. En réalité, toute l’année, il préparait la route à venir. Il commençait par choisir quel coin il voulait explorer. Dans les rayons de la médiathèque, il lisait des romans, partait en road-trip aux États-Unis avec Jim Harrison, ou dévorait les atlas de l’Europe de l’Est. Il s’imprégnait des lieux jusqu’à sentir l’odeur du vent sous la visière de son casque. Il apprenait les cartes par cœur, capable de les redessiner comme un pilote répète ses trajectoires avant la course, sauf que le circuit de Philippe n’avait pas de frontières.

Penser au souffle de la route sur son visage et aux kilomètres à venir lui permettait d’oublier un peu la connerie des gens.

Finalement, Philippe éprouvait même une forme de pitié pour le commun des mortels : il leur pardonnait, ils ne savaient pas ce que rouler voulait dire.

Il plaignait les ignorants et ignorait les cons.

Après plusieurs jours, Philippe avait mis de côté le mot du voisin, il ne voyait pas l’intérêt de garder ce genre de choses en tête.

Aussi, quand le vieil homme se présenta à la banque de prêt, un livre à la main, Philippe ne le reconnût pas. Le livre enregistré, le bonhomme resta planté, face à Philippe, visiblement dans l’attente de quelque chose. Tellement maladroit. C’est sans doute pour cela qu’il lâcha, sans aucune autre forme de procès :

– Je vous ai attendu mercredi dernier. Puis tous les jours qui ont suivi. Vous n’êtes pas venu.

Philippe ne comprenait toujours pas qui était cet étrange personnage, qui le dévisageait ainsi, serrant comme un enfant son livre contre lui. Devant tant de perplexité, le vieux reprit, cédant à l’agacement :

– Je vous ai laissé un mot, vous invitant à passer.

Le regard de Philippe marqua la surprise mais très vite il se durcit, d’ailleurs, tout son corps se raidit comme sous l’effet d’un puissant coup de frein.

– Je ne vois pas où était l’invitation. De toute façon, le problème est réglé, je me gare ailleurs.

– Justement, c’est pour ça que je suis venu vous voir : revenez-vous garer sous ma fenêtre. S’il vous plaît.

***

Philippe, avec son mètre quatre-vingt-quinze et sa barbe drue de marin solitaire, se sentait gêné d’être là. La tasse de thé devant lui, d’où s’élevait une fine fumée vaporeuse, contrastait avec le bonhomme. Dans ce salon suranné, où ne résonnait que le son sinistre d’une horloge traditionnelle posée sur son petit socle, Philippe se demandait comment diable sa moto avait pu le conduire jusqu’ici. Son casque posé sur le buffet en chêne massif, à côté de l’horloge, donnait l’impression d’être un intrus dans cette nature morte.

D’ailleurs, mal à l’aise, Philippe n’avait pas ôté sa veste de moto, prêt à repartir à tout moment. Le col remonté, la veste fermée comme pour affronter les éléments qui s’abattent habituellement sur les motards, il avait l’air d’un général, droit et sévère sur sa monture.

– Vous êtes un peu sauvage, lui lâcha le vieux monsieur, souriant pour la première fois.

Notre motard ne sut pas comment répondre et, si cela est possible, il se raidit davantage.

– Oh, n’y voyez là aucun jugement de ma part. Je suis pareil. Mais ce n’est pas pour parler de vous que je vous ai fait venir. Oh, excusez une nouvelle fois ma maladresse, je ne suis plus habitué à parler à grand monde vous savez. Alors j’ai dû oublier. On n’oublie pas le vélo, mais parler à ses semblables, si ! Quelle terrible espèce humaine !

Cette fois-ci, il explosa tout à fait de rire, ce qui creusa davantage ses rides, accentuant un travail de l’âge déjà bien avancé. Philippe, qui en avait vu d’autres, sourit de voir le vieux voisin s’animer de la sorte, même s’il était désormais convaincu d’être en présence d’une personne quelque peu dérangée. Ne sachant comment enchaîner, il attendit que le vieil homme reprenne son souffle et ses esprits, si toutefois cela était possible.

– Quel âge me donnez-vous ?

– 85 ans, répondit Philippe du tac au tac.

– Vous y êtes presque : 89 ans ! Je devine votre pensée, je suis plus près de la fin que du début, n’est-ce pas ? Mais c’est le lot de tout homme, que voulez-vous.

– C’est un bel âge.

– Je vous arrête tout net : vieillir est la pire chose qu’il ne me soit jamais arrivée, et je sais de quoi je parle. J’ai perdu mon épouse, mes amis et j’ai vécu ce qu’aucun homme ne devrait avoir à connaître, j’ai enterré ma fille l’an passé. Alors, non, croyez-moi, la vieillerie, comme j’aime à le dire, rime avec saloperie ! Enfin, heureusement, j’ai mon petit-fils et mon arrière-petit-fils !

À ces mots, il sourit à nouveau, mais Philippe devina la tristesse de cet homme seul et se dit que sans doute son jugement avait été bien sévère.

– Bon, soyons efficaces, le temps presse, on ne va pas y passer la nuit ! Des fois que l’idée me prenne de mourir ce soir…

Le clin d’œil qu’il lança en disant cela fit sourire Philippe qui trouvait ce vieillard décidément bien surprenant.

– Je vous ai fait venir parce que votre moto là, celle que vous garez sous mes fenêtres, elle m’a donné envie.

– Je comprends, c’est ce que je me dis tous les jours quand je la vois…

– Non, non, non, vous n’y êtes pas du tout. J’ai bientôt 90 ans et votre moto m’a redonné l’envie ou, si vous préférez, le goût de la vie.

Philippe ne sut quoi répondre, lui qui se laissait rarement impressionner, ce vieil homme lui ôtait toute répartie.

– Ça a commencé un soir. J’étais dans ma salle de bain, à pester devant toutes ces rides, et ces poils qui vous poussent partout avec l’âge, et je l’ai sentie. Oui, sentie ! Cette odeur âcre et tendre à la fois, celle qui chatouille les narines et invite à la route. Tout de suite, je me suis rappelé, j’ai reconnu cette odeur si particulière. Alors j’ai arrêté de maudire le reflet immonde que me renvoyait mon miroir et j’ai ouvert la fenêtre. L’odeur, qui s’était faufilée comme elle pouvait à travers la fenêtre pour me parvenir subtilement, cette odeur se répandit avec toute sa fougue dans ma petite salle de bain. Je ne sentis même pas le froid mordant, j’étais tout entier sous la force de cette odeur, incapable de bouger, les narines dilatées comme les naseaux d’un cheval dans l’effort. Je fermai les yeux et laissai votre moto faire le tour de cette vielle carcasse pour la réveiller.

Le vieil homme laissa son récit suspendu dans l’air étouffant du petit salon. Ses mains creusées par le temps s’agrippèrent à la fine tasse de porcelaine. Seuls ses yeux pétillaient.

La pièce s’était tout à coup chargée d’une tension forte et palpable.

Il fallait que Philippe enchaîne.

– Vous êtes motard vous aussi…

– Oh, vous êtes trop aimable de parler au présent. Effectivement, dans ma jeunesse, j’étais motard. À une époque où les casques protégeaient à peine des moucherons et où les moteurs, lourds et suant l’huile, étaient des bêtes sauvages qu’on retenait à peine. Une époque bien lointaine, où les hommes et les machines se battaient les uns avec les autres, avec passion.

– Vous en parlez bien.

– Il y a des raisons que la raison ignore comme on dit. Je brûlais pour la moto comme seuls les jeunes gens savent le faire. Mais ma mémoire, cette garce, me vole de trop nombreux souvenirs. Voilà ce que votre moto m’a fait, elle m’a redonné mes souvenirs. C’est un cadeau merveilleux, pour lequel je ne saurais trop vous remercier.

– Je vous promets de revenir me garer sous vos fenêtres et de chanter la sérénade à votre mémoire.

– J’y compte bien ! Sans quoi je n’aurais pas pris la peine de venir vous voir.

L’ambiance s’était à nouveau détendue et les deux hommes, qui partageaient la même passion, venaient de trouver un sujet de discussion intarissable, que seuls les initiés du bitume peuvent comprendre.

Dans le salon, la poussière avait fini par se cacher et les tics tacs de l’horloge se firent plus discrets.

Quand l’heure vint pour Philippe de reprendre la route, les deux hommes avaient une complicité de vieux amis, qui se retrouvent après une longue absence mais pour qui rien n’a changé. Au moment où il se levait, le vieil homme retint Philippe par le bras.

– Je peux oser vous demander un service ? À mon âge, ce n’est d’ailleurs plus exactement un service. C’est un peu plus. J’aimerais que vous m’emmeniez faire un tour, juste une fois. Oh pas tout de suite, j’ai tenu jusque-là, je peux bien attendre les beaux jours ! Mais je vous serais tellement reconnaissant. J’aimerais que vous m’emmeniez voir mon arrière-petit-fils, à la sortie du lycée, juste à côté. Il ne m’a jamais connu heureux. Oh, je voudrais tellement qu’il me voie sur une moto, qu’il garde cette image de son vieil aïeul. Ne me dites pas quand, dites-moi seulement oui et cela suffira à calmer les envies d’un corps vieillissant.

Philippe ne put s’empêcher de sourire en voyant le vieil homme supplier comme le ferait un enfant. Au pire, que risquait-il à lui dire oui ? Il était bon pilote et saurait prendre soin de ce passager extraordinaire.

Les deux motards se quittèrent sur la promesse d’aller faire un bout de route ensemble, dès le retour des beaux jours et du soleil qui réchauffe le vieux cuir.

Philippe ne pensa pas à l’Écosse ce soir-là. Il était particulièrement heureux de démarrer sa moto dans la petite ruelle. Il prit le temps d’enfiler des gants et d’ajuster son casque. Il ne leva pas les yeux mais il savait que le vieil homme avait ouvert la fenêtre de sa petite salle de bain et qu’il respirait l’air à pleins poumons.

Ce soir-là, Philippe rentra chez lui, droit sur sa mule, souriant comme un gosse.

Ce soir-là, le vieil homme s’endormit en repensant à ses plus belles années, passées sur une selle en cuir, et à la tête de son arrière-petit-fils voyant arriver son papi sur cette moto rugissante.

Ce soir-là, le vieil homme rêva beaucoup et ne se réveilla pas.

4 commentaires sur “Le vieil homme et l’essence

No Comment ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *