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Manif’ du 10 octobre 2015

Une idée de la moto

Devant le château de Vincennes, des milliers de motos et de scooters (surtout Vespa) s’accumulaient. Chacun venait pour soi. Qui pour protester contre l’interdiction de pénétrer dans Paris avec des motos d’avant 2000, qui pour manifester son refus d’un futur contrôle technique, d’autres pour moquer la stupidité d’une mesure de protection conscrite aux gants etc.
Mais on s’est tous rencontrés, et ça a fait du bien. Une idée de la solidarité, poussiéreuse mais encore lumineuse, s’est remis à briller, le soleil aidant. La fluide passion s’est faufilée, à nouveau. Entre motards.

Premier point : je méprise ceux qui méprisent le terme motard, ou le renvoient à la seule police (une vieille histoire). Motocycliste, anachronisme pédant, s’échange en soirée mondaine.
Deuxième point : je n’aime rien tant que rouler seul. Ce qui ne m’empêche pas de ressentir une solidarité immense avec tous les motards. On peut être solidaire dans sa solitude.

Ainsi nous nous retrouvions ce jour pour défendre chacun notre intérêt, qui par effet entonnoir s’est retrouvé mêlé dans Nos Intérêts, eux-mêmes portés par la FFMC.

Troisième point : par-delà le snobisme formel de ceux qui trouvent l’association ringarde, et pour raisonner avec bon sens, qui d’autre défend l’intérêt des motards ? Adhérer et même participer, pour aussi faire évoluer la FFMC, porte notre cause.

Nous nous retrouvions donc, certains pétaradants, d’autres silencieux, certains portant encore les fripes d’une ancienne rébellion, d’autres accoutrés selon le dernier chic, et nous roulions ensemble, à petits pas grondants, vers la mairie de Paris. Dans d’autres villes de France, des semblables faisaient de même.
La mairie. Qui s’est autoproclamée spécialiste de la pollution, du transport en général, du deux-roues en particulier etc. La mairie de Paris, qui a décidé, avec beaucoup de justesse, de réduire la pollution en ses murs (sans vraiment s’attaquer au problème majeur, la racine : la mobilité. Le télétravail, pour les professions qui le peuvent, serait par exemple à développer etc.). Elle a alors choisi de bannir les vieux diesel. Toutes les études prouvent en effet que ces types de moteur asphyxient la population par leurs émissions d’oxyde d’azote et de particules fines. Et les filtres à particules qui équipent les modèles plus récents sont efficaces. Cette première mesure peut ainsi se baser sur des études scientifiques fondées. Qu’en est-il de la moto ?
La mairie ne s’appuie là sur aucun chiffre. Juste des principes. Les dernières études sérieuses de l’ADEME datent, les plus récentes que j’ai pu trouver sont américaines et toutes démontrent les fortes émissions en hydrocarbures non brûlés et en oxyde de carbone, a fortiori pour les motos à carburateurs et non catalysées, donc les plus anciennes. Elles émettent en revanche moins de CO2, de particules fines et d’oxyde d’azote que les autos. Sans parler du temps de trajet réduit, paramètre essentiel quand on sait l’augmentation du trafic, surtout en Ile-de-France. Et du temps de recherche de stationnement, encore plus court à moto. Et de l’encombrement. Mais la mairie ne sait rien de notre pollution réelle, et elle s’en fiche.

Bien sûr, la moto pollue. Et celles passées aux normes Euro4 sont beaucoup plus propres que les anciennes. Mais combien représentent les anciennes ?

Bien sûr, la moto pollue. Et celles passées aux normes Euro4 sont beaucoup plus propres que les anciennes. Mais combien représentent les anciennes ? Ici un tableau comparatif auto/moto. L’étude date de 2006.

Bref, la mesure est tombée, nette, brandie au nom du principe d’équité (principe invoqué quand ça l’arrange, il n’en va pas de même pour les places de stationnement par exemple) par Mr Najdovski, en charge du dossier à la mairie de Paris. Sans dialogue. Et c’est là l’un des problèmes. Pourquoi la mairie de Paris n’a pas nommé un expert en la matière ? Où sont les Mr Moto ? Pardon, « chargé de mission deux-roues motorisés » depuis 2010 (lourd de sens !).

Nous avancions dans la ville. Des gens nous souriaient, prenaient en photo des motos, levaient le pouce. D’autres étaient fous de rage, bloqués dans l’incirculation, nous insultant. J’ai entendu : « Vous ne servez à rien, vous les motards, juste à nous emmerder ! » Preuve qu’il est irrationnel de comparer motards et automobilistes. Une manifestation de ces derniers n’aurait pas provoqué ce genre de réaction. L’effet vibre toujours, les autres sentent ce qui anime encore le motard, un peu plus libre, fier de son engin, rêveur, pas comme tout le monde. Selon les chiffres de la mairie de Paris (les proportions sont un peu moindres dans les autres grandes villes de France), nous représentons 2% du trafic (et dans ces 2%, moins de 30% de motos anciennes) et 3% des émissions polluantes. Trois grains de sable, en gros. Mais on veut nous assimiler. Tout y contribue : la répression, le consumérisme, la pression sociale, quelques grands médias. Et ça marche. Peu à peu, nous nous recroquevillons, nous autres du noyau dur ; pendant que les amateurs de moto, contre qui je n’ai aucun grief, ceux qui y viennent de temps en temps, ceux pour qui la moto n’est pas tout de la vie, raisonnent et achèvent de nous convaincre. Le bon sens. « A nous aussi d’être responsables. Prise de conscience. Les enfants dans les villes, plus fragiles et sensibles aux allergies. » etc. Ils ont raison. Rien à redire. Peut-être juste rétorquer que nous sommes si peu nombreux ? Le devoir de responsabilité reste plus fort. Et puis on n’interdit pas la moto, on n’en est pas là… Mais il serait bon d’y penser, du point de vue de la rationalité et du principe d’utilité, la moto n’a aucune légitimité. On peut en effet voir le monde à travers les binocles d’un haut fonctionnaire.

J’étouffe.

Reparti seul, je boue. La disparition de quelques centaines de motos anciennes, interdites en ville (ce qui aura lieu à Paris se propagera évidemment dans toutes les villes de France, les études sont déjà dans des dossiers cartonnés), améliorera la qualité de l’air. Quel que soit le nombre de décollage d’avions au quotidien, qui frôlent nos immeubles. Quel que soit la façon dont nous nous chauffons. Sans regarder de plus près comment fonctionnent certaines centrales électriques (Porcheville, alimentée au fioul lourd, Vitry-sur-Seine au charbon…). Sans plus d’égard pour l’immense pollution dégagée dans les couloirs du métro.
Nous devons nous asseoir sur un peu de notre liberté, sur ce truc qui fait qu’on va au boulot en souriant, on veut nous priver de ces quelques minutes qui nous restent, de ce génial intermède avant une journée chiante, par principe d’équité ? Même si nous représentons 2 ou 3 % de je ne sais pas quoi, on convoque le terrible tribunal de la Raison pour nous faire les gros yeux ? Et on ferme ces mêmes yeux pour des transgressions plus grossières ? C’est tellement facile d’agiter les principes et de les appliquer à l’aveugle. Et surtout de faire culpabiliser les braves gens.

Dernier point : qu’en déduire ? Que la moto vue comme un simple moyen de transport (ce qui est vrai d’un point de vue technocratique) ou un produit (vrai aussi d’un point de vue commercial) irradie aussi peu de passion que l’automobile aujourd’hui. Et quand nous la considérerons tous comme ça, alors là oui, nous nous tasserons dans les transports en commun. Et nous n’aurons pas perdu que notre liberté.

On ne manifestait pas que pour défendre notre intérêt.

Restez Fast !

1 commentaire sur “Manif’ du 10 octobre 2015

  1. Bonjour,
    Tout est tellement bien dit, j’ai ressenti cette même fierté ce jour là, mais depuis je ressens ce sentimentd e ce faire bannir, ç vraiment triste, mais aussi compliqué que ce sera, il faut continuer à rouler, à vivre notre passion ✊
    V a ttes et ts ✌
    Vive la moto, vive les motards ✊

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