Accueil » 48 Heures » Essai 48 H en Kawa W 800 – Vidéo

Essai 48 H en Kawa W 800 – Vidéo

Une vieille pas barbante (qui plaît aux barbus)

Nos parents ou grands-parents en ont rêvé, ils l’espéraient comme leurs aïeux ont voulu l’électricité et le téléphone. A la fin des années 70, le carénage est arrivé, rarement de série, souvent adaptable, parfois bricolé. Normal qu’aujourd’hui il passe pour un accessoire ringard, sauf sur les sportives. Beaucoup de jeunes aspirent à rouler le nez au vent, prêts à souffrir des cervicales et des épaules pour une ligne épurée. La Kawa W 800 ramène aux années 60 ou 70, un gros phare rond, un guidon plat, une large selle, un réservoir et le nécessaire indispensable à faire d’une moto une moto. Appel du pied aux anciennes, les emmerdes en moins.

La revivre est une façon de digérer l’histoire. Mais faut être cohérent et coller à l’époque fantasmée : oublier le réflexe moderne de vouloir aller loin et vite (efficacité). 500 bornes dans la journée par les départementales, un trip simple pourtant rare. Parce que ça ne fait plus rêver de cochonner son week-end pour juste rejoindre la côte Atlantique, un truc qui se faisait toutes les semaines dans les années 70, depuis la place de la Bastille à Paris ou la place Carnot de Carcassonne. Un tel récit auprès des collègues de boulot le lundi matin provoquera au mieux un « Ah ouais ? ». Le quart d’heure de gloire prophétisé par Warhol suppose un minimum d’héroïsme.

Je me fous de la gloire, je la laisse à ceux qui la draguent. Direction Noirmoutier. D’abord un petit klong au passage de la première, et pas un bruit de boîte ensuite. On est loin des seventies. Les pots Rémus font rouler les airs brûlés de la Kawa, le bicylindre vertical s’enveloppe d’un charisme plus authentique avec ces pots, même si les montées en régime sont assez linéaires, souples, promptes au moindre coup de gaz. A 6 000 tr/mn, le moteur a raconté toute son histoire, je le laisse ronronner entre 3 500 et 5 000, pas pressé. 48 ch, de toute façon… Mais des chevaux ronds, agréables au toucher. Ce moteur à dimension humaine m’accompagne en permanence, sympa.

Premier arrêt station-service dans le Perche, à Nogent-le-Rotrou, pays de haras. Je n’étais pas parti avec le plein, qui tient environ 220 km (réservoir de 14 litres). La W est économe, fidèle au nouvel esprit de 1973, première crise pétrolière, on prédisait alors l’épuisement des réserves avant 1980…

A Noirmoutier.

A Noirmoutier.

Assis sur la moto, je la domine, la contrôle des repose-pieds, pique la corde des quelques virages des départementales de la Sarthe, aidé par les pneus fins (100 de large devant, 130 derrière) et la jante avant de 19 pouces. Vers la Chapelle-d’Aligné puis Notre-Dame-du-Pé, on traverse les forêts touffues de feuillus, sans rien croiser. Ici au moins, on est sûr d’échapper à l’heure de gloire. Nouvel arrêt devant la petite mairie de Tiercé, village étrangement dépourvu de PMU. La porte est ouverte, elle montre un portrait encadré du président actuel, je m’attendais pourtant à Giscard. Heure de l’encas. La W, moto simple, n’a pas d’espaces de rangements, je l’ai équipée d’une bagagerie SW Motech Legend Gears (test ici) pour ne pas dénaturer sa ligne. Sandwich, eau, clope. Le téléphone portable (l’insu-portable) vibre, en vain.

La W elle ne vibre quasiment pas, à la différence de ses ancêtres qu’elle évoque, les séries de W vendues entre 1967 et 1975, inspirées de l’anglaise BSA A7 500. Le calage moteur est resté à 360°, comme ces vieilles, avec une course de piston intelligemment plus longue que sur le 624 cm3 de la W1 S. La course longue du piston ne favorise pas les hauts régimes, mais ça tombe bien, on s’en fout sur ce genre de bécane. Le bicylindre a cédé à la modernité ses quatre soupapes par cylindre et son injection, mais a préservé son refroidissement par air et ses deux amortisseurs. Pas très confortables d’ailleurs.

La Vendée est en vue, à presque trois pleins de Paris (55,6 euros). Bouin, Beauvoir-sur-Mer, les marais salants, des champs de patates. D’énormes tracteurs les sillonnent, d’immenses systèmes d’arrosage enjambent d’autres cultures, productivisme. L’air s’est rafraîchi, le vent galope, des mimosas ont surgi.

L’approche de l’arrivée m’excite, je roule plus vite. Les repose-pieds frottent, le simple disque avant souffre, le tambour arrière ne sert pas à grand-chose dans ces conditions. Dernier bar avant le pont. On vient me demander l’année de ma moto, on s’étonne qu’elle n’ait pas de kick (à quoi servirait-il ?), elle brouille les pistes. J’ai sursauté quand une ZZR 1400 m’a passé tout à l’heure. Je prête maintenant l’oreille aux standards musicaux d’aujourd’hui. Je pars dérouler les derniers kilomètres, heureux de baigner dans cette moderne nostalgie, ma carte bleue et mon téléphone portable dans la sacoche de réservoir aimanté.

J’ai beaucoup aimé la W 800, une vraie moto simple et sympa. Dommage qu’elle disparaisse à la fin de l’année, victime des normes anti-pollution.

En langage chiffré :

Coût total (bouffe, essence) : 292 euros sur trois jours

Kilométrage total : 1432 km

Conso moyenne : 5,9 l/100 km

Prix de la Kawasaki W 800 : 8 599 €

Toutes les infos techniques ici.

Restez Fast !

2 commentaires sur “Essai 48 H en Kawa W 800 – Vidéo

  1. Une très jolie moto qui incite à rouler différemment. Un châssis dépassé, mais une véritable machine à remonter le temps (tout du moins en apparence) et à procurer du plaisir. L’article fait parfaitement ressentir l’impression que l’on ressent à son guidon, bravo !

    Idéal pour moi en seconde moto pour se démarquer lors des trajets du quotidien.

    Et du coup Zef, en comparaison par rapport à la Guzzi V7, tu préfères laquelle ?

    • Merci Alex’ ! Par rapport à la Guzzi V7, je préfère sans aucun doute la Kawa. Son moteur est plus agréable et sa partie-cycle plus évidente. En effet la W 800 peut se concevoir en seconde moto, mais si tu ne prends que les petites routes ou circules en ville, elle est suffisante comme unique moto.

No Comment ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *