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Yamaha en rallye raid

XT 660 du Dakar 1985

Le Paris-Dakar septième édition prend de l’ampleur. Le temps d’un rallye raid de vingt-deux jours, des stars délaissent leurs paillettes pour du sable, troquent leur Rolls ou Ferrari contre des Porsche 959 (Claude Brasseur), des Lada Niva prototypes (Michel Sardou) ou des Mitsubishi Pajero (Albert de Monaco).

Jean-Claude Olivier, patron de Sonauto Yamaha, prend depuis 1979 cette course très au sérieux. Par passion autant que par raison, il la conçoit comme un formidable événement pour promouvoir le trail, genre de moto très en vogue à l’époque. Pour la première fois, l’usine japonaise s’engage officiellement aux côtés de Sonauto et lui fournit trois prototypes conçus sur la base de la XT de l’année précédente, qui avait été construite dans les ateliers Sonauto par Dominique Rochette et Christian Caillon. « En 1984, on avait en effet pu faire le premier véritable proto Yamaha développé spécialement pour le Dakar, grâce à JCO qui nous en avait donné les moyens » explique Christian.

Jean-Claude Olivier, homme à la volonté exceptionnelle, mû par une passion forcenée, a perdu la vie le 12 janvier 2013 dans un accident de la route.

Jean-Claude Olivier, homme à la volonté exceptionnelle, mû par une passion forcenée, a perdu la vie le 12 janvier 2013 dans un accident de la route.

Pour le Dakar 1985, le département prototype de l’usine au Japon prépare trois XT pour Serge Bacou, Chuck Stearns et JCO. « Les Japonais se sont vite aperçus des retombées que nous avions eues après le Dakar 84, et JCO les poussait à s’investir. Un ingénieur a été envoyé chez nous dans le courant de l’année, il nous a posé un tas de questions et pris des centaines de photos. Les motos d’usine nous ont été envoyées assez tard, à peine deux mois avant le départ. Les Japonais avaient repris quelques-unes de nos solutions techniques de 84, comme la répartition de l’essence entre le réservoir principal (30 l) et deux réservoirs additionnels à l’arrière (25 l), ou l’installation du filtre à air derrière le réservoir, l’endroit où la poussière pénètre le moins. Le moteur avait pas mal évolué, avec un gros boulot sur l’accord échappement-admission et la carburation. La fourche ressemblait à celles des enduros, avec un axe légèrement déporté vers l’avant et un intérieur spécifique. Le moteur était monté en 660 cm3, le règlement l’autorisait, mais pour des raisons commerciales on conservait le nom XT 600. » Le premier modèle de XT est en effet sorti en 1984 (modèle 43 F), un an après la première Ténéré 600.

La XT 660 de 1985 est préservée dans les ateliers de Yamaha Motor France.

La XT 660 (1985) de JCO est préservée dans les ateliers de Yamaha Motor France.

Les usines en lutte au Dakar (BMW, Yamaha et Honda) voient en 85 l’arrivée de Cagiva, avec le team Ligier-Cagiva-Elf, redouté avant même le départ. Les Cagiva bénéficient d’un rapport poids/puissance imbattable sur le papier grâce à leur moteur Ducati 750. Mais BMW reste favori, avec Gaston Rahier au guidon. Yamaha mise sur la fiabilité de son moteur et sur la progressivité de sa puissance, 25 ch moindre que celle de la BMW (45 ch contre 70), mais très exploitable en toute condition. L’assistance prévue par l’équipe Yam’ équivaut à peu de choses près à celles de BMW ou Honda : 13 personnes, 3 Range Rover, 1 camion, 1 avion (qui emmène le team manager, deux mécaniciens et un kiné).

Le prologue a lieu à Cergy-Pontoise le dimanche 30 décembre, le rallye s’élance de Versailles le mardi 1er janvier 1985. JCO, 39 ans, est interrogé la veille sur ses ambitions : « Je veux finir 5ème car après ma 7ème et ma 6ème place dans les Dakar précédents, je sais qu’il me faudra encore le faire quatre fois pour remporter la course ! » Dans le team Yamaha, Serge Bacou reste le pilote de pointe, et le prouve dès le prologue en terminant à la troisième position. JCO s’y rate complètement et pointe 42ème.

Jean-Claude Olivier a réalisé cette année-là sa meilleure performance au Dakar.

Jean-Claude Olivier a réalisé cette année-là sa meilleure performance au Dakar.

Plus tard, avant d’attaquer le désert du Ténéré, Bacou est en tête de la course, JCO est sixième et Gaston Rahier rame à deux heures du leader, seul pilote encore en lice dans le team BMW. Rahier a chuté en France, sur la Nationale 20 à hauteur de Brive-la-Gaillarde, en liaison, il a faussé son cadre.

Le dimanche 6 janvier, on compte six Yamaha dans les neuf premiers et l’américain Chuck Stearns emporte la spéciale du jour devant Bacou. JCO est septième au général.

Jeudi 10 janvier, les pilotes attaquent le sable mou du Ténéré. Rahier remonte (certains soupçonnent son équipe d’avoir changé le cadre de la BMW, opération interdite par le règlement), Bacou lui cède un quart d’heure mais conserve la tête du général, JCO perd une place.

Le lendemain, la terrible étape de Dirkou-Iférouane (910 km !) fait tout basculer. Serge Bacou perd la piste, le cap et la course, paumé dans l’immensité de sable, finalement en panne d’essence. Stearns y laisse aussi beaucoup de temps. Et Rahier s’installe à la seconde place du général derrière l’italien Franco Picco sur la Yam’ de l’équipe italienne Belgarda. JCO s’accroche, épuisé mais cinquième.

Jamais un Dakar n’avait été aussi dur (26 motos à l’arrivée sur les 151 engagées), jamais les motos n’avaient roulé aussi vite : elles devancent les autos ! Gaston Rahier n’en finit plus de remonter, malgré des galères, Stearns fait des coups d’éclat contrebalancés par diverses erreurs et galères, JCO se montre régulier, quasi toujours dans les six premiers à chaque étape.

Les derniers jours s’éparpillent entre abandons massifs et pénalités contestées. Gaston Rahier l’emporte et devance Jean-Claude Olivier, second de ce Dakar 1985. Le patron de Sonauto Yamaha finit devant les pilotes qu’il paie pour gagner… Exploit qui tient moins à l’époque qu’à la personnalité hors-norme de l’homme. Les relations entre JCO et Bacou se détériorent sévèrement après cette course, Serge reprochant à Jean-Claude de n’avoir rien fait, en tant que coéquipier, pour l’épauler.

Cette seconde place au Dakar 85 restera la meilleure performance du boss de Sonauto Yamaha. Mais, on le verra dans de prochains épisodes, il réserve encore des surprises.

Restez Fast !

JCO n'a jamais été avare de wheeling en présence de la presse.

JCO n’a jamais été avare de wheeling en présence de la presse.

Yamaha XT 660

Moteur

Monocylindre 4 temps

Refroidi par air

660 cm3

Environ 45 ch

Partie-cycle

Cadre poutre démontable

Fourche usine Yamaha diam. 43 mm, déb. 275 mm

Amortisseur Mono-Cross

Freins AV simple disque

Frein AR à tambour

Empattement 1520 mm

Poids environ 145 kg à sec

Pneus Michelin Bib Mousse

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